Mondial féminin de foot : entretien avec Nicole Abar une ex-joueuse pro engagée

À l’occasion des matches de qualification pour la coupe du monde féminine 2023, entretien avec Nicole Abar, ancienne joueuse professionnelle engagée pour l’égalité dans le sport. Elle a d’ailleurs créé un baby-foot mixte lors des précédents mondiaux féminins en 2019.  

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Mondial féminin de foot : entretien avec Nicole Abar une ex-joueuse pro engagée

1 - Mondial féminin de foot : entretien avec Nicole Abar une ex-joueuse pro engagée

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Naissance de l’association « Liberté des joueuses »

2 - Naissance de l’association « Liberté des joueuses »

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Retour sur une partie de la carrière d’une passionnée de football et féministe

3 - Retour sur une partie de la carrière d’une passionnée de football et féministe

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Le fabuleux destin de Nicole Abar. C’est comme cela que l’on pourrait décrire la vie de cette Toulousaine de 62 ans qui a vu sa vie bouleversée lorsque le ballon rond a croisé sa route ; elle n’avait alors que 10 ans. À ce moment-là la petite fille et réservée n’aurait pu imaginer que la découverte de ce sport allait lui permettre de devenir huit fois championne de France de football et international entre 1977 et 1987.

Il faut dire que la carrière footballistique de Nicole Abar a démarré grâce à un heureux hasard : « j’étais assise sur l’un des terrains de football à regarder les garçons en train faire leur entrainement, lorsque le coach m’a dit : « Viens, tu vas jouer […] Il me manque une licence pour faire jouer les garçons le samedi en compétition ». Je lui ai répondu que je ne peux pas jouer, car je suis une fille et il me dit : « ce n’est pas grave pas on t’appellera Nicolas ». Du coup par politesse, j'ai dit « oui » et je suis rentrée sur le terrain et là je ne sais pas la magie a opéré. Il a dû y avoir une fée qui s’est penchée sur mon berceau. Il s’avère que je suis douée. Je maitrise le ballon, je marque les buts. Et Nicolas a eu sa place tous les samedis. »

Cette période en tant que « Nicolas » a duré jusqu’à ses 14 ans quelques années plus tard elle rejoindra le Stade de Reims. D’ailleurs, le film « Comme des Garçons » sorti en 2018 s’est inspirée de la création de cette première équipe féminine de football professionnelle français.

L’ancienne joueuse professionnelle rappelle aussi qu’elle a commencé à jouer à une période où le football féminin était inexistant en France. « Ce n’était pas terrible d’avoir les cheveux frisés et le teint mat. Les autres avaient un rapport à moi qui n’était pas très sympathique, mais je n’en veux pas aux enfants de l’époque parce qu'ils ne font que répéter ce qu’ils entendent. Ils ont baigné dans une ambiance où le racisme était presque la norme."

Elle poursuit : « j’étais quasiment la seule fille d’origine maghrébine dans ma classe. Quand le regard posé sur vous qui dit que de vous que n’êtes pas quelqu’un de bien et que c’est unanimement partagé vous avez le sentiment qu’ils ont raison. Si je dis tout ça parce que la petite fille discrète quand elle est sur le terrain elle se retrouve dans la lumière, montre qu’elle a du potentiel, qu’elle est désirée. Tout le contraire de ce que je vis en dehors du terrain et je n’oublierais jamais que ce m’a apportée le football : de voir que j’avais de la valeur. »