Biogents : co-diriger l'entreprise à trois et manager par le consensus

Gilles ANDRE· 19 juin 2026 à 07:32
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Face aux moustiques, Biogents défend une alternative durable aux insecticides. Portée par la recherche et un management participatif, l’entreprise réduit les nuisances sans nuire au vivant.

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Biogents s’est fait une place sur un marché très ciblé : les pièges à moustiques, et notamment la lutte contre le moustique tigre. L’entreprise a été fondée il y a plus de vingt ans par deux scientifiques allemands, les docteurs Martin Geier et Andreas Rose. Leur idée, à contre-courant à l’époque, était simple et ambitieuse : plutôt que d’augmenter les traitements chimiques, il fallait miser sur la connaissance fine du comportement du moustique pour développer des solutions efficaces et durables, sans insecticides. Cette approche, fondée sur la recherche, reste l’ADN de la société. Biogents compte aujourd’hui une cinquantaine de salariés et conserve sa R&D en interne, dans ses laboratoires en Bavière. La production, elle, est confiée à des partenaires, afin de concentrer l’énergie de l’entreprise là où elle crée le plus de valeur : l’innovation, l’amélioration continue et l’évaluation de l’efficacité des dispositifs. Hugo PLAN, l’un des trois co-dirigeants, incarne ce pont entre science et terrain. Ingénieur agronome, il a commencé sa carrière dans l’univers des semences, en développant des gammes de sachets floraux et potagers pour la grande distribution et les enseignes de bricolage. En cherchant à diversifier son offre avec des solutions “naturelles”, il découvre Biogents… d’abord comme client, puis comme distributeur en France, avant de rejoindre l’équipe dirigeante il y a trois ans. « Ils avaient la conviction qu’il fallait chercher des alternatives aux solutions chimiques, aux traitements insecticides traditionnels », rappelle-t-il, en résumant l’intuition fondatrice des deux chercheurs. Une conviction devenue, au fil des années, une réponse attendue par un public de plus en plus attentif à l’impact environnemental des produits du quotidien.

Moustique tigre : nuisance quotidienne, enjeu économique et vigilance sanitaire

Si le moustique tigre occupe autant l’espace médiatique et les préoccupations locales, c’est parce qu’il change la donne. Contrairement au moustique commun, souvent associé aux soirées d’été, il pique toute la journée. Cette caractéristique, dite “diurne”, multiplie les occasions de piqûres et installe une gêne continue, y compris en plein après-midi, au jardin ou sur une terrasse. Au-delà de l’inconfort, l’enjeu est aussi économique. Hôtels, restaurants, campings et plus largement les acteurs du tourisme savent qu’une forte présence de moustiques peut peser sur l’expérience client. Quand les vacanciers évitent une terrasse ou écourtent un séjour, l’impact est concret. Dans de nombreuses zones, la demande des professionnels augmente, avec l’idée de protéger les espaces d’accueil sans transformer les extérieurs en zones traitées chimiquement. Le troisième volet, enfin, concerne la santé publique. Le moustique tigre peut transmettre des maladies comme la dengue, le chikungunya ou le zika. Les autorités sanitaires suivent donc son expansion avec attention. Hugo PLAN cite un repère marquant : un rapport de l’ANSES qui évalue à un niveau élevé la probabilité d’épidémies liées aux moustiques en France. Pour Biogents, l’objectif n’est pas d’entretenir l’inquiétude, mais d’anticiper et d’accompagner. « On n’est pas là pour jouer sur la peur des gens… mais on est là aussi pour éduquer, former et anticiper », insiste Hugo PLAN. Une ligne de conduite qui colle à l’idée d’une prévention utile : mieux comprendre, mieux s’équiper, mieux agir, sans dramatiser.

Des pièges sans insecticides : une solution qui demande aussi de la pédagogie

Un piège à moustiques, à quoi ça ressemble ? Dans l’imaginaire collectif, on pense parfois à un petit gadget de table. Sur le terrain, c’est plutôt un appareil de la taille d’une cocotte-minute, conçu pour fonctionner en extérieur et attirer les moustiques loin des zones de vie. Et c’est là que la pédagogie devient un facteur clé : l’efficacité dépend fortement du placement. « Au contraire, il ne faut surtout pas le poser sur une table », prévient Hugo PLAN. Le bon positionnement, explique-t-il, se situe dans le jardin, dans un endroit humide et ombragé, idéalement à plus de cinq mètres de la terrasse. La logique est simple : si le piège est trop proche des humains, le moustique “choisira” la personne plutôt que l’appareil. L’enjeu consiste donc à créer une zone d’attraction là où l’on ne stationne pas. Cette dimension d’usage rappelle une réalité souvent oubliée : une innovation n’est pleinement utile que si elle est bien comprise. En magasin, sur les sites de vente, auprès des collectivités ou des professionnels du tourisme, l’entreprise doit donc expliquer, former, donner des repères concrets. C’est aussi une manière de responsabiliser sans culpabiliser : chacun peut améliorer la situation, à son échelle, en combinant bonnes pratiques et solutions adaptées. Aujourd’hui, le cœur du marché Biogents reste celui des particuliers, avec une présence forte dans les jardineries et magasins de bricolage. Mais l’entreprise observe une montée en puissance des demandes des collectivités et des acteurs touristiques, qui cherchent des réponses plus durables, plus compatibles avec des espaces partagés et fréquentés. Une évolution qui traduit un changement culturel : lutter contre une nuisance, oui, mais en limitant les effets collatéraux sur l’environnement.

Décider à trois, impliquer tous : un management qui donne de l’autonomie

Biogents se distingue aussi par sa gouvernance : l’entreprise est co-dirigée par trois personnes, et les décisions se prennent de façon collégiale. Ce fonctionnement, Hugo PLAN le relie à une culture allemande du management plus “horizontal”, où l’on cherche le consensus et où l’on implique largement les équipes dans les discussions. L’idée peut surprendre dans un contexte où l’on associe parfois efficacité et décision rapide. Pourtant, la recherche du consensus, si elle demande du temps au départ, crée ensuite une dynamique solide. Quand la décision est partagée et comprise, l’exécution devient plus fluide : moins d’allers-retours, moins de résistances, plus d’initiative. Pour Hugo PLAN, c’est même l’un des bénéfices majeurs : une autonomie forte des équipes une fois la direction fixée. « Une fois que le consensus est atteint, il y a vraiment une efficacité derrière », résume-t-il. Dans ce modèle, le rôle du dirigeant ne disparaît pas : il se transforme. Moins figure d’autorité, davantage coordinateur, garant du sens, animateur de la cohérence. Un leadership qui s’exprime dans la clarté des priorités, la qualité des échanges et la capacité à maintenir un cap commun. Cette façon de travailler prend tout son relief quand l’entreprise grandit à l’international. Biogents est déjà présente dans plus de cent pays, sur tous les continents, avec une forte implantation en Europe et notamment en France. Et la société vient d’ouvrir une filiale aux États-Unis, où, dans certains États, les moustiques peuvent être une nuisance douze mois sur douze. Un terrain où les produits chimiques sont très installés, et où convaincre de basculer vers des solutions de piégeage demande de la persévérance… et une vision partagée.

Une mission mondiale : protéger le vivant, fédérer les cultures

Grandir à l’international, ce n’est pas seulement vendre plus. C’est apprendre à travailler avec des équipes éloignées, des habitudes différentes, des réalités locales parfois opposées. Pour garder une cohérence, Biogents s’appuie sur des valeurs et sur une mission qui sert de boussole, quel que soit le pays. « Notre mission… c’est de protéger le vivant, de protéger le plus grand nombre », explique Hugo PLAN. Cette phrase, dans le contexte d’une entreprise spécialisée dans la lutte contre les moustiques, dit l’essentiel : réduire une nuisance et un risque, tout en respectant davantage l’environnement que ne le font certaines approches traditionnelles. Une promesse qui ne se limite pas au produit, mais qui engage aussi une manière de faire : écouter, partager, s’aligner. Concrètement, l’entreprise organise régulièrement des temps de regroupement au siège, pour permettre aux équipes venues de France, de Thaïlande, des États-Unis ou d’ailleurs de confronter leurs expériences. Chacun apporte ses contraintes, ses pratiques, ses retours terrain. L’objectif : construire une stratégie commune, puis repartir avec une ligne directrice claire, adaptable localement. Dans un monde où les défis sanitaires, environnementaux et économiques s’entremêlent, la trajectoire de Biogents raconte une autre façon d’innover : partir de la science, refuser la facilité du tout-chimique, et bâtir une organisation qui mise sur l’intelligence collective. Une combinaison qui, à l’échelle d’un jardin comme à celle d’un territoire, redonne de la marge de manœuvre et ouvre la voie à des solutions plus durables, au service du quotidien.
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