Comment se faire des amis à l’âge adulte ? 7 conseils qui fonctionnent vraiment

Christophe Duhamel· 17 juillet 2026 à 09:30

À 10 ans, quelques récréations pouvaient suffire pour devenir amis. À 30, 40 ou 50 ans, c’est parfois plus compliqué. Non parce que nous aurions oublié comment nous lier aux autres, mais parce que les occasions de le faire ont changé. Voici ce qui aide vraiment.

Enfant, il suffisait parfois d’être assis à côté de quelqu’un en classe pendant quelques semaines pour qu’une amitié commence. Adulte, on peut rencontrer une personne sympathique, passer deux heures formidables avec elle… puis ne jamais la revoir.

Ce n’est pas nécessairement parce que nous sommes devenus moins sociables. Ce qui a surtout disparu, ce sont les conditions qui permettaient autrefois aux relations de se construire presque toutes seules : voir régulièrement les mêmes personnes, vivre des expériences communes et avoir du temps disponible ensemble.

La bonne nouvelle, c’est qu’on peut recréer ces conditions. Et il n’est pas nécessaire pour cela de devenir soudain la personne qui parle à tout le monde dans l’ascenseur.

L’amitié est l’une des nombreuses dimensions de notre lien social, essentiel à notre équilibre et à notre sentiment d’appartenance. Mais comment passer, concrètement, de « je ne connais presque personne » à « j’ai quelqu’un à appeler pour boire un verre » ?

Pourquoi est-il plus difficile de se faire des amis à l’âge adulte ?

L’école, les études et les premières années de vie professionnelle ont un énorme avantage dont on ne mesure pas toujours l’importance : elles nous placent régulièrement au contact des mêmes personnes.

Puis les vies se remplissent. Travail, couple, enfants, déménagement, télétravail, parents âgés, activités diverses… Les rencontres existent toujours, mais les occasions de les répéter deviennent plus rares.

Une vaste enquête américaine publiée en 2024 dans PLOS One apporte d’ailleurs une nuance intéressante au discours alarmiste sur « la fin de l’amitié ». Plus de trois quarts des adultes interrogés se disaient satisfaits du nombre de leurs amis. En revanche, plus de 40 % auraient souhaité être plus proches d’eux. Le problème ne semble donc pas seulement être de rencontrer davantage de personnes, mais de parvenir à transformer certaines rencontres en relations plus profondes.

Et cela demande une ressource devenue précieuse : du temps.

1. Cherchez la régularité avant de chercher l’amitié

Si votre objectif est de vous faire des amis, une activité ponctuelle réunissant 100 personnes n’est pas forcément plus efficace qu’un atelier hebdomadaire qui en rassemble douze.

Pourquoi ? Parce que l’amitié a besoin de répétition.

Le chercheur Jeffrey Hall, de l’université du Kansas, s’est intéressé au temps nécessaire à la formation des amitiés. Dans deux études, l’une auprès d’adultes ayant récemment déménagé et l’autre auprès d’étudiants, le temps passé ensemble était associé au degré de proximité atteint. Les activités de loisirs partagées semblaient également particulièrement favorables au rapprochement.

Hall a même proposé des ordres de grandeur : plusieurs dizaines d’heures pour passer de connaissance à ami occasionnel, davantage encore pour développer une véritable amitié. Inutile cependant de sortir un chronomètre au prochain apéritif : ces chiffres sont des estimations issues de deux études et non une formule universelle de l’amitié.

L’idée importante est plus simple :

Cherchez moins l’endroit où rencontrer beaucoup de monde que celui où vous pourrez revoir régulièrement les mêmes personnes.

Un cours tous les mardis, un groupe de marche chaque week-end, une association, un café où l’on prend ses habitudes, une chorale ou un club de jeux créent naturellement des premières, deuxièmes puis troisièmes rencontres.

Et la troisième conversation est souvent beaucoup plus facile que la première.

2. Choisissez des activités qui permettent vraiment d’échanger

« Faites une activité que vous aimez » est un conseil classique. Il est plutôt bon, avec une petite nuance.

Partager une passion ne crée pas automatiquement une amitié. Vous pouvez faire du yoga à côté de la même personne pendant trois ans sans connaître son prénom si tout le monde déroule son tapis, pratique en silence puis disparaît à 19 h 02.

Si votre objectif est aussi de rencontrer des gens, privilégiez les activités qui associent trois ingrédients :

  • une certaine régularité ;

  • des échanges entre participants ;

  • des moments informels avant, pendant ou après l’activité.

Randonnée, bénévolat, théâtre amateur, chorale, sport collectif, club de lecture, jeux de société, association de quartier ou cours laissant une place aux échanges ont cet avantage.

L’activité fournit surtout quelque chose de très précieux : une raison naturelle de se revoir sans avoir immédiatement à organiser un rendez-vous en tête-à-tête.

Pour une personne qui sort d’une rupture, d’un deuil, d’une maladie ou d’une longue période d’isolement, cette progressivité peut être particulièrement importante. Notre guide pour reconstruire sa vie sociale après un choc propose une démarche étape par étape.

3. Créez une deuxième occasion de vous voir

Vous avez rencontré quelqu’un. Vous avez ri. La conversation était fluide. Et vous vous quittez sur :

« C’était vraiment sympa. Il faudra qu’on se revoie ! »

Excellent.

Sauf que personne ne sait quand.

Beaucoup de relations potentielles s’arrêtent là, non parce que les deux personnes n’avaient aucune envie de se revoir, mais parce qu’aucune n’a créé la prochaine occasion.

Essayez plutôt une proposition simple et précise :

« Je retourne à cette expo samedi, ça vous tente ? »

« Je vais boire un café après le cours jeudi prochain, vous voulez venir ? »

« On parlait de ce restaurant : ça vous dit qu’on le teste la semaine prochaine ? »

Pas besoin d’organiser un week-end dans le Vercors après vingt minutes de conversation. Un café suffit.

L’objectif n’est pas de forcer une amitié. Il est simplement de permettre à une première rencontre agréable d’en devenir une deuxième.

4. Ne sous-estimez pas l’intérêt que les autres vous portent

Voici une découverte qui devrait rassurer tous ceux qui ont déjà repassé mentalement une conversation en se demandant : « Pourquoi ai-je raconté ça ? »

Les psychologues Erica Boothby, Gus Cooney, Gillian Sandstrom et Margaret Clark ont mis en évidence ce qu’ils ont appelé le liking gap, que l’on pourrait traduire par « écart d’appréciation ».

Après une conversation avec une personne que nous connaissons peu, nous avons tendance à sous-estimer à quel point cette personne nous a appréciés et a apprécié l’échange. Le phénomène a été retrouvé dans plusieurs contextes : conversations entre inconnus, étudiants apprenant à connaître leurs camarades de résidence ou participants à un atelier. Dans cette dernière configuration, l’écart pouvait persister pendant plusieurs mois au début de la relation.

Autrement dit, après une rencontre réussie, vous pensez peut-être :

« Je ne vais pas lui proposer quelque chose, il va me trouver collant. »

Pendant ce temps, l’autre peut parfaitement penser :

« J’aimerais bien le revoir, mais je ne vais pas l’embêter. »

Deux personnes qui aimeraient se revoir peuvent ainsi ne jamais se revoir par peur réciproque de déranger. Ce serait presque drôle si ce n’était pas aussi dommage.

Alors, si le courant vous semble être passé, autorisez-vous un petit pas.

Le pire scénario raisonnable ? La personne n’est pas disponible ou ne donne pas suite.

Le meilleur ? Vous venez peut-être de créer le début d’une amitié.

5. Dans une conversation, cherchez la réciprocité plutôt que la performance

Quand on manque de relations sociales, une rencontre peut prendre beaucoup d’importance. On peut alors vouloir être particulièrement intéressant, particulièrement sympathique… ou, au contraire, tellement craindre de trop parler qu’on se transforme en journaliste réalisant une interview.

Ni le monologue ni l’interrogatoire ne sont idéaux.

Une relation se construit dans un va-et-vient : poser une question, écouter la réponse, raconter quelque chose de soi, rebondir, découvrir un point commun, accepter aussi les petits silences.

Une méta-analyse classique consacrée au dévoilement de soi et aux relations interpersonnelles montre d’ailleurs des effets réciproques : nous avons tendance à davantage nous confier aux personnes que nous apprécions, mais le fait de partager progressivement des éléments personnels contribue également à créer de la proximité.

Pas besoin pour autant de raconter vos blessures d’enfance avant l’arrivée des boissons.

La proximité se construit progressivement.

Un bon repère : à la fin de l’échange, chacun en sait-il un peu plus sur l’autre ?

Et si les conversations sont difficiles, savoir écouter, exprimer clairement ce que l’on ressent et poser des questions sans juger s’apprend. Notre guide pratique de la communication bienveillante et de la CNV donne des outils très concrets pour améliorer la qualité de nos échanges.

6. Avant de chercher de nouveaux amis, pensez aux liens endormis

Se faire des amis ne signifie pas nécessairement repartir de zéro.

Un ancien collègue avec lequel vous déjeuniez souvent. Une amie de fac que vous avez perdue de vue. Un voisin avec lequel le courant passait bien. Quelqu’un rencontré quelques années plus tôt et que les circonstances ont simplement éloigné.

Nous hésitons parfois à les contacter :

« Ça fait trop longtemps. »

« Il a sûrement sa vie. »

« Elle va se demander pourquoi je réapparais maintenant. »

Là encore, notre intuition n’est pas toujours excellente.

Dans une série d’expériences portant au total sur plus de 5 900 participants, Peggy Liu et ses collègues ont montré que les personnes qui reprenaient spontanément contact avec quelqu’un sous-estimaient systématiquement à quel point le destinataire appréciait leur geste. L’effet était même plus marqué lorsque le message constituait une surprise ou lorsque les deux personnes s’étaient quelque peu éloignées.

Vous pouvez donc essayer un message extraordinairement sophistiqué :

« Salut, j’ai pensé à toi aujourd’hui. Comment vas-tu ? »

Voilà.

Pas besoin de rédiger une note diplomatique expliquant les sept années écoulées.

Avant de chercher trois nouvelles personnes à rencontrer, demandez-vous simplement : quelles sont les trois personnes que je serais sincèrement heureux de revoir ?

7. Utilisez le numérique comme un pont, pas comme une salle d’attente

Internet a considérablement élargi les possibilités de rencontrer des personnes partageant nos centres d’intérêt.

Groupes locaux, associations, communautés de quartier, sorties culturelles, applications destinées aux rencontres amicales : ce serait dommage de s’en priver.

AirZen avait par exemple présenté Frimake, une application consacrée aux rencontres amicales autour d’activités.

Mais si votre objectif est de développer une vie sociale hors ligne, le numérique fonctionne particulièrement bien lorsqu’il sert de passerelle vers une activité ou une rencontre, plutôt que lorsqu’on reste indéfiniment au stade du message.

Inscription en ligne, conversation en ligne, rencontre hors ligne : le téléphone peut ouvrir la porte. Il n’est pas obligé de devenir la pièce dans laquelle on reste.

« Je rencontre des gens, mais je me sens rarement à ma place »

Il existe une autre difficulté, différente du manque d’occasions : rencontrer beaucoup de personnes sans avoir le sentiment d’être réellement compris.

Cela peut arriver à tout le monde. Certains profils décrivent néanmoins plus fréquemment un sentiment de décalage, notamment certaines personnes à haut potentiel intellectuel. Il faut rester prudent : le HPI ne condamne évidemment ni à la solitude ni aux difficultés relationnelles. Mais si cette question vous concerne, notre article consacré à la solitude chez les personnes HPI et au sentiment de penser différemment permet d’aller plus loin.

Dans ce cas, augmenter simplement le nombre de rencontres ne suffit pas toujours. Il peut être plus utile de chercher des contextes où les centres d’intérêt, les valeurs ou les façons d’échanger ont davantage de chances de correspondre aux vôtres.

La quantité et la qualité du lien sont deux choses différentes.

Et lorsque le manque de relations devient durable et douloureux, il mérite d’être pris au sérieux : les recherches montrent des associations importantes entre solitude, isolement social, santé physique et santé mentale. Nous les détaillons dans notre article sur les effets de la solitude et du lien social sur la santé.

Cette semaine, ne cherchez pas à « vous faire des amis »

L’objectif est beaucoup trop grand.

Choisissez plutôt une seule petite action :

  • envoyer un message à quelqu’un que vous aimeriez revoir ;

  • vous inscrire à une activité régulière ;

  • rester dix minutes après une activité au lieu de repartir immédiatement ;

  • proposer un café à une connaissance avec laquelle le courant passe ;

  • retourner dans un lieu où vous commencez à reconnaître quelques visages.

Votre mission n’est pas de trouver votre prochain meilleur ami avant dimanche soir.

Elle consiste simplement à créer une prochaine occasion de contact.

C’est beaucoup moins impressionnant. Et c’est précisément ainsi que commencent la plupart des relations.

Se faire des amis à l’âge adulte : moins une question de talent que d’occasions

On imagine parfois que certaines personnes « savent se faire des amis » et que les autres seraient condamnées à regarder la fête depuis le buffet.

La réalité est heureusement plus encourageante.

La plupart des amitiés ne commencent pas par une évidence spectaculaire. Elles se construisent parce que deux personnes se sont croisées plusieurs fois, ont parlé un peu plus longtemps, se sont découvert quelques affinités puis ont créé une nouvelle occasion de se voir.

La proximité crée la familiarité. Le temps permet la confiance. La réciprocité construit l’intimité.

Puis, un jour, la personne à qui vous disiez simplement bonjour devient celle que vous appelez spontanément.

Et c’est aussi cela, le bien-être au quotidien : pas seulement apprendre à gérer son stress ou prendre soin de soi, mais avoir autour de soi quelques personnes avec lesquelles la vie est un peu plus légère.

Questions fréquentes

Pourquoi est-il plus difficile de se faire des amis à l’âge adulte ?

Parce que les occasions de rencontrer régulièrement les mêmes personnes diminuent souvent après les études. Travail, vie familiale, déménagements ou télétravail réduisent les contacts répétés qui facilitaient autrefois la création d’amitiés.

Où rencontrer de nouveaux amis quand on est adulte ?

Les activités régulières sont généralement plus favorables que les événements ponctuels : associations, bénévolat, sport, randonnée, ateliers, chorales, clubs de lecture ou de jeux, groupes locaux. Le critère important est moins l’activité elle-même que la possibilité de revoir les mêmes personnes et d’échanger avec elles.

Comment se faire des amis après 30, 40 ou 50 ans ?

Les mécanismes restent les mêmes à tout âge : rencontres répétées, temps partagé, centres d’intérêt communs, réciprocité et initiatives pour se revoir. Il peut également être très efficace de reprendre contact avec d’anciennes connaissances plutôt que de chercher uniquement de nouvelles rencontres.

Comment se faire des amis quand on est timide ?

Commencez par des situations structurées et régulières, dans lesquelles la conversation dispose déjà d’un sujet : cours, bénévolat, activité sportive ou culturelle. Vous n’avez pas à entrer dans une pièce remplie d’inconnus avec pour mission de « socialiser ». Quelques échanges courts et répétés peuvent suffire à faire évoluer une relation.

Combien de temps faut-il pour devenir amis ?

Il n’existe pas de durée universelle. Les travaux de Jeffrey Hall montrent néanmoins que le temps passé ensemble est fortement lié à l’évolution d’une connaissance vers une amitié plus proche. Ses estimations se comptent en dizaines, voire en centaines d’heures selon le degré de proximité, mais elles ne doivent pas être considérées comme des seuils précis applicables à tout le monde.

Comment transformer une connaissance en ami ?

Le passage décisif consiste souvent à créer une nouvelle occasion de se voir. Après une conversation agréable, proposez quelque chose de simple et précis plutôt qu’un vague « il faudra qu’on se revoie ». Puis laissez la répétition et la réciprocité faire leur travail.

Sources

  • Jeffrey A. Hall, How many hours does it take to make a friend?, Journal of Social and Personal Relationships, 2019.

  • Erica J. Boothby, Gus Cooney, Gillian M. Sandstrom et Margaret S. Clark, The Liking Gap in Conversations: Do People Like Us More Than We Think?, Psychological Science, 2018.

  • Peggy J. Liu, SoYon Rim, Lauren Min et Kate E. Min, The Surprise of Reaching Out: Appreciated More Than We Think, Journal of Personality and Social Psychology, 2023.

  • Natalie Pennington, Jeffrey A. Hall et Amanda J. Holmstrom, The American Friendship Project: A report on the status and health of friendship in America, PLOS One, 2024.

  • Nancy L. Collins et Lynn C. Miller, Self-disclosure and liking: a meta-analytic review, Psychological Bulletin, 1994.