Chasseurs et promeneurs peuvent-ils mieux partager l’espace en forêt ?

Michaël Albié, chasseur en Dordogne, a lancé l’application Chassé & Croisé pour recenser les battues et prévenir les promeneurs. Objectif : limiter les accidents.

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Chasseurs et promeneurs : la coexistence est-elle possible en forêt ?

1 - Chasseurs et promeneurs : la coexistence est-elle possible en forêt ?

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Chassé & Croisé, l’appli pour suivre les chasseurs en temps réel

2 - Chassé & Croisé, l’appli pour suivre les chasseurs en temps réel

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Accidents de chasse : une appli de suivi est-elle la solution ?

3 - Accidents de chasse : une appli de suivi est-elle la solution ?

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Plus de 1000 téléchargements et une trentaine de sociétés de chasse l’ont déjà adoptée. L’application Chassé et Croisé, disponible sur smartphone, permet, par exemple, de suivre les battues en temps réel.

« Après l’installation, les fédérations de chasse ont la possibilité de cartographier leur zone d’activité », explique Michaël Albié, le fondateur. Objectif : réduire les accidents.

Réconcilier chasseurs et promeneurs

L’appli Chassé et Croisé est née d’un constat : les accidents, d’une part, et le sentiment d’insécurité des promeneurs dans certaines forêts françaises, d’autre part. Selon l’Office français de la biodiversité, à la mi-novembre, quelque 90 accidents de chasse entrainant des blessures avaient été dénombrés lors de la saison 2021-2022. Ce à quoi il faut ajouter huit accidents mortels, dont six dont ont été victimes de chasseurs.

« L’an passé, alors que je revenais de la chasse, ma compagne m’a dit avoir peur de sortir avec notre petite fille alors que nous y étions. Et je me suis dit que les gens ne connaissaient pas notre activité pour en avoir si peur », explique ce Périgourdin. Dans de nombreuses communes françaises, le fossé se creuse entre chasseurs et riverains. « C’est aussi pour cela que j’ai créé cette application », insiste Michaël.

Application Chassé et Croisé

Le principe est simple : la fédération qui utilise l’application divise son terrain d’action en plusieurs zones. Si un ou plusieurs chasseurs sont présents dessus, ils le signalent directement sur l’appli. La zone se colore en rouge sur une carte Google Maps et une alerte est envoyée aux promeneurs alentours, dans un rayon de 800 mètres.

« Ainsi, on peut suivre en temps réel des battues, par exemple, et l’application propose des alternatives pour continuer sa balade dans une zone sécurisée », ajoute Michaël.

Une solution à nuancer

Aujourd’hui, quelques mois après son lancement, l’application de Michaël revendique 1000 téléchargements, chasseurs et promeneurs confondus. L’abonnement à l’année est de 5 euros pour une fédération de chasse. La France en compte 70 000. En revanche, il est gratuit pour les particuliers. 

« Cela pourrait être une bonne solution si tout le monde l’utilisait… Or, ce n’est pas le cas », considère de son côté l’administratrice de la page Un jour, un chasseur. Sur Instagram et Twitter, ce compte recense les accidents de chasse et comportements abusifs. Une application, aussi bonne soit-elle, « ne règle pas le problème de fond : l’accidentologie », selon elle.

Et d’ajouter : « Certains chasseurs nous disent ne pas vouloir installer ce genre d’appli. Ils ont peur d’être entravés dans leur pratique par des militants. Par ailleurs, certains promeneurs comme les seniors ne l’installeront pas non plus… Cela rend donc son utilité plus que partielle. »

Par ailleurs, l’administratrice de la page Un jour, un chasseur est en faveur d’un partage de la forêt différent. Ce qui « ne nous plaît pas là-dedans, c’est que c’est encore une fois aux promeneurs de faire l’effort de changer de route. Nous militons de notre côté pour un partage temporel et non spatial de la forêt. On pourrait décréter le dimanche après-midi sans chasse, par exemple, ce qui permettrait de se promener en toute sécurité », ajoute-t-elle.