Lieu : France

Blues de la rentrée : ce que vos vacances essaient peut-être de vous dire

Christophe Duhamel· 28 août 2026 à 09:41

Le réveil sonne à nouveau, l’agenda s’est rempli pendant votre absence et votre boîte mail semble avoir passé d’excellentes vacances sans vous. Un petit coup de blues à la rentrée n’a rien d’anormal. Mais plutôt que de chercher immédiatement à le faire disparaître, pourquoi ne pas profiter du contraste avec les vacances pour repérer ce qui nous fait vraiment du bien… et en rapporter un peu dans notre quotidien ?

Il y a quelques jours encore, votre principale décision de la matinée consistait peut-être à choisir entre la plage et le marché. Vous voilà maintenant devant un écran, en train de découvrir qu’une personne a jugé indispensable de vous envoyer un mail le 14 août à 7h42 et s’étonne presque de ne pas avoir reçu de réponse.

Bienvenue à la rentrée !

Le retour des vacances s’accompagne assez souvent d’un mélange de nostalgie, de fatigue, d’irritabilité et d’un enthousiasme modéré à l’idée de retrouver les horaires, les transports et les contraintes laissés derrière soi. On parle volontiers de « blues de la rentrée » ou de post-vacation blues. Ce n’est ni une maladie ni un diagnostic : le plus souvent, ce petit creux disparaît progressivement à mesure que nous retrouvons nos repères.

Mais il peut aussi être instructif. Car les vacances ne nous offrent pas seulement du repos : elles placent momentanément notre vie ordinaire à distance. Et lorsque nous y revenons, certains contrastes deviennent soudain beaucoup plus visibles.

Un Français sur deux aurait le blues de la rentrée ? Pas si vite

Le chiffre revient presque chaque année : 49 % des Français ressentiraient une baisse de moral à la fin des vacances, proportion qui atteindrait 66 % chez les actifs de moins de 50 ans.

Ces données existent bien, mais elles ne sont pas nouvelles. Elles proviennent d’un sondage Harris Interactive réalisé en 2017 auprès de 1 000 personnes pour Belambra, régulièrement repris depuis dans les médias. Elles montrent que le phénomène est loin d’être marginal, mais il serait trompeur de les présenter comme une photographie de la France en 2026.

La recherche scientifique apporte en revanche des informations intéressantes sur ce que les congés produisent réellement sur notre bien-être. Et, bonne nouvelle, partir en vacances n’est pas simplement agréable parce que nous avons socialement décidé que cela devait l’être.

Les vacances nous font réellement du bien

Pendant longtemps, la littérature scientifique sur le sujet était légèrement déprimante. Les vacances amélioraient bien le bien-être, mais leurs bénéfices semblaient s’évaporer très rapidement après le retour au travail. Une méta-analyse publiée en 2009 concluait ainsi à un effet réel, mais relativement fugace.

Des travaux plus récents ont cependant changé la perspective. En 2025, des chercheurs américains ont rassemblé 32 études et 256 mesures d’effets consacrées aux vacances des salariés. Leur conclusion est beaucoup plus réjouissante : les congés produisent un effet important sur le bien-être, et celui-ci semble persister plus longtemps après la reprise qu’on ne le pensait auparavant. Parmi les éléments les plus associés à ces bénéfices figuraient notamment le détachement psychologique vis-à-vis du travail et l’activité physique pratiquée pendant les vacances.

Consulter la méta-analyse publiée dans le Journal of Applied Psychology

Autrement dit, si vous vous sentez mieux après quinze jours passés à marcher, nager, lire, voir vos proches et oublier momentanément l’existence de Teams, ce n’est pas nécessairement un effet secondaire du rosé de Provence.

Les vacances changent plusieurs choses à la fois. Nous contrôlons davantage notre temps, nous choisissons plus librement nos activités, nous dormons parfois mieux, nous passons davantage de temps dehors ou avec certaines personnes et, surtout, les sollicitations professionnelles diminuent. Une étude consacrée à de courtes vacances de quatre à cinq jours montrait déjà que la relaxation, le détachement du travail et le plaisir retiré des activités étaient associés à un meilleur bien-être.

Consulter l’étude sur les effets des vacances courtes

La rentrée fait exactement l’inverse : réveil, transports, réunions, horaires scolaires, courses, contraintes administratives et notifications reviennent souvent presque simultanément. Le contraste peut donc être brutal, sans que cela signifie pour autant que notre vie habituelle est fondamentalement ratée.

Et si le plus intéressant était justement le contraste ?

Nous sommes extraordinairement doués pour nous habituer à notre quotidien. Une situation peut nous peser pendant des mois tout en finissant par nous paraître normale. À l’inverse, certaines choses qui nous font du bien deviennent tellement habituelles que nous ne les remarquons plus.

Les vacances introduisent une rupture dans cette adaptation. Elles fonctionnent presque comme un « rapport d’étonnement » après quelques semaines passées hors de notre organisation ordinaire. C’est souvent au moment de rentrer que nous réalisons à quel point nous avions apprécié de marcher tous les jours, de déjeuner lentement, de lire davantage ou simplement de ne pas regarder notre téléphone dès le réveil.

Le blues de la rentrée n’est donc pas forcément un message mystérieux nous ordonnant de changer de métier ou de vendre l’appartement. Il peut simplement nous signaler que certaines choses nous manquent.

La bonne question n’est alors plus : « Pourquoi est-ce que je déteste reprendre ? », mais plutôt : « Qu’est-ce qui me manque précisément lorsque je reprends ? »

Et la nuance est importante.

Faites le bilan de vos vacances avant qu’elles disparaissent complètement

Avant que septembre reprenne possession de votre agenda, accordez-vous dix minutes pour regarder ce qui s’est réellement passé cet été. Pas besoin de carnet en cuir ni de retraite introspective.

Posez-vous simplement quatre questions.

Qu’est-ce que j’avais davantage pendant les vacances ? Peut-être du sommeil, du mouvement, du temps avec vos proches, de la nature, de la spontanéité, du silence ou tout simplement des journées moins remplies.

Qu’est-ce qui me pèse réellement à la reprise ? Essayez d’être précis. « Le boulot » est rarement une réponse très exploitable. Est-ce le trajet ? Les réunions ? Les horaires ? Une mission précise ? Une relation ? Le sentiment de courir en permanence ?

Qu’est-ce que je suis content de retrouver ? Vos collègues, une activité, votre lit, une routine, un projet ? La rentrée n’est généralement pas entièrement noire, et identifier ce que l’on aime dans sa vie ordinaire est tout aussi instructif.

Enfin : si je pouvais conserver une seule chose de mes vacances pendant l’année, laquelle choisirais-je ?

Cette dernière question est sans doute la plus utile. Elle transforme un vague sentiment de nostalgie en possibilité concrète.

N’essayez pas de prolonger les vacances : importez leurs meilleurs ingrédients

Impossible évidemment de transformer votre mardi matin en journée de randonnée dans les Dolomites. Mais certaines composantes des vacances sont beaucoup plus transportables qu’il n’y paraît.

Vous avez passé l’été à marcher ? Rien ne vous oblige à arrêter brutalement le 1er septembre. Une promenade après le dîner, vingt minutes à pied à la pause déjeuner ou quelques trajets effectués autrement peuvent suffire à conserver une partie de cette activité. La méta-analyse de 2025 montre d’ailleurs que l’activité physique fait partie des comportements particulièrement associés aux bénéfices des vacances.

Vous avez passé davantage de temps avec des amis ou votre famille ? Plutôt que de vous promettre vaguement de les revoir, bloquez dès maintenant une date. Septembre possède une capacité remarquable à absorber les bonnes intentions qui ne figurent pas dans l’agenda.

Vous avez apprécié de ne plus penser au travail après une certaine heure ? C’est peut-être l’une des habitudes les plus intéressantes à préserver. Le détachement psychologique ressort régulièrement dans les recherches sur la récupération comme un élément important du bien-être. Concrètement, cela peut consister à ne plus consulter sa messagerie professionnelle le soir, à protéger réellement une partie du week-end ou simplement à ne pas conserver le téléphone du travail à portée de main en permanence.

La déconnexion n’est pas seulement une affaire de vacances. AirZen a d’ailleurs consacré un guide aux différentes manières de mieux gérer son stress au quotidien.

Si c’est le travail qui coince, faut-il forcément tout quitter ?

C’est l’un des raccourcis les plus tentants du blues de la rentrée : « Si je n’ai pas envie de reprendre, c’est que je dois changer de métier. »

Parfois, peut-être. Mais entre supporter exactement la même situation pendant dix ans et devenir céramiste dans le Lubéron, il existe un certain nombre d’options intermédiaires.

Les chercheurs parlent notamment de job crafting, que l’on pourrait traduire par la capacité à remodeler une partie de son travail. Il peut s’agir de chercher davantage de soutien, de développer certaines missions, d’en réorganiser d’autres, d’acquérir une nouvelle compétence ou de modifier certaines relations professionnelles.

Une étude longitudinale portant sur 288 salariés a par exemple montré que ceux qui augmentaient activement leurs ressources professionnelles amélioraient ensuite leur satisfaction et leur engagement.

Consulter l’étude sur le job crafting

Avant de refaire entièrement votre CV le premier lundi de septembre, quelques questions peuvent donc être utiles : quelle tâche aimeriez-vous voir prendre moins de place ? Laquelle voudriez-vous développer ? Qu’aimeriez-vous apprendre ? Avec qui souhaiteriez-vous davantage travailler ? Quelle contrainte pourrait réellement être discutée ?

AirZen a déjà consacré un article au job crafting et aux petites manières de retrouver le plaisir de travailler.

Et si l’envie de changer revient tous les ans ?

Lorsque la même envie réapparaît régulièrement, elle mérite tout de même d’être examinée.

Le Baromètre de la formation et de l’emploi 2025 de Centre Inffo et CSA montre que 18 % des actifs français étaient alors engagés dans une démarche de reconversion et que 29 % supplémentaires envisageaient d’en entamer une. Cela représente 47 % des actifs concernés ou intéressés par cette perspective.

Consulter le Baromètre Formation & Emploi 2025

Cela ne signifie évidemment pas qu’un actif sur deux rêve secrètement de claquer la porte de son entreprise. Les motivations peuvent être très diverses : évolution professionnelle, rémunération, conditions de travail, envie d’apprendre, recherche de sens ou simple anticipation d’un marché du travail qui change.

Si votre envie revient avec insistance, mieux vaut donc enquêter avant de décider. Est-ce votre métier qui ne vous convient plus, ou l’entreprise dans laquelle vous l’exercez ? Le contenu de votre travail ou son organisation ? Avez-vous besoin d’une rupture ou simplement d’une évolution ?

Notre guide AirZen consacré au sens au travail explore justement ces différentes pistes.

Attention à l’autre piège de septembre : vouloir tout changer

Le blues de rentrée possède parfois un effet secondaire surprenant : la rentrée devient soudain le 1er janvier bis.

On s’inscrit au sport, on reprend l’anglais, on décide de préparer ses repas à l’avance, de méditer chaque matin, de lire deux livres par semaine et de ne plus jamais regarder son téléphone après 21 heures. Les plus ambitieux ajoutent le ukulélé.

Deux semaines plus tard, la nouvelle vie ressemble beaucoup à l’ancienne, avec en plus une cotisation annuelle à une salle de sport.

Pour qu’une rentrée fasse réellement évoluer quelque chose, mieux vaut généralement choisir un petit changement suffisamment réaliste pour encore exister en novembre.

Cela peut être protéger un soir par semaine, déjeuner régulièrement avec un collègue que vous appréciez, reprendre une activité physique, négocier une journée de télétravail, limiter une réunion qui vous épuise ou réserver vingt minutes à une promenade après le dîner.

Le but n’est pas de transformer votre quotidien en vacances permanentes. Il est de corriger un détail que les vacances ont rendu visible.

Et parfois, le blues de la rentrée signifie simplement que les vacances étaient bonnes

Toutes les émotions n’ont pas besoin de se transformer en grand chantier de développement personnel.

On peut être triste que les vacances soient terminées simplement parce qu’on les a aimées. On peut trouver le lundi matin moins agréable qu’un petit-déjeuner en terrasse face à la mer sans que cela révèle une profonde incompatibilité avec son existence.

Accordez-vous donc quelques jours pour retrouver vos horaires, remettre votre sommeil en place, revoir les personnes que vous aimez retrouver et reprendre possession de vos repères.

En revanche, une baisse de moral durable ne doit pas être automatiquement attribuée à la rentrée. L’Assurance Maladie distingue clairement une tristesse passagère d’un épisode dépressif. Lorsque la tristesse ou la perte d’intérêt persistent presque quotidiennement pendant au moins deux semaines, avec un retentissement important sur la vie personnelle, sociale ou professionnelle, il est utile d’en parler à un professionnel de santé.

Consulter les informations de l’Assurance Maladie sur la dépression

Finalement, les vacances nous rendent peut-être un service supplémentaire

Nous partons généralement en vacances pour nous reposer, changer d’air, voir des proches ou découvrir un autre endroit. Nous pensons moins souvent qu’elles peuvent aussi nous permettre de regarder notre quotidien avec un peu de recul.

C’est peut-être leur dernier cadeau au moment de rentrer.

Nous découvrons que nous aimons marcher davantage que nous ne le pensions. Que nous dormons mieux lorsque le téléphone reste loin du lit. Que voir certains amis nous fait vraiment du bien. Que nous supportons moins bien une contrainte professionnelle que nous ne l’avions admis. Ou, au contraire, que nous sommes finalement heureux de retrouver une grande partie de notre vie ordinaire.

Le blues de la rentrée n’a donc pas forcément besoin d’être combattu. Il peut simplement nous conduire à cette question :

Qu’est-ce qui m’a fait du bien cet été et que je pourrais raisonnablement conserver maintenant ?

Une réponse suffit.

La valise peut retourner au placard. Pas nécessairement tout ce qu’elle vous a appris.

FAQ

Qu’est-ce que le blues de la rentrée ?

Le blues de la rentrée désigne une baisse de moral passagère après les vacances, au moment de retrouver le travail et les contraintes habituelles. Il peut s’accompagner de nostalgie, de fatigue, d’irritabilité ou d’un manque de motivation. Ce n’est pas un diagnostic médical.

Est-il normal de ne pas avoir envie de reprendre le travail après les vacances ?

Oui. Le contraste entre une période offrant davantage de liberté et le retour aux contraintes ordinaires suffit souvent à expliquer ce sentiment. Cela ne signifie pas automatiquement que votre travail ne vous convient plus.

Les vacances ont-elles réellement un effet sur le bien-être ?

Oui. Une méta-analyse publiée en 2025 montre un effet important des vacances sur le bien-être des salariés, avec des bénéfices qui peuvent se prolonger après la reprise. Le détachement du travail et l’activité physique semblent particulièrement favorables.

Comment mieux vivre la rentrée ?

Évitez de remplir immédiatement tout votre agenda, retrouvez progressivement un rythme de sommeil régulier et essayez surtout de conserver un ou deux éléments appréciés pendant les vacances : activité physique, temps avec les proches, moments sans écran ou véritable déconnexion professionnelle.

Le blues de la rentrée signifie-t-il qu’il faut changer de métier ?

Non. Commencez par identifier précisément ce qui vous pèse. Modifier certaines missions, obtenir davantage d’autonomie, apprendre quelque chose de nouveau ou réorganiser une partie de son travail peut parfois suffire.

Quand une baisse de moral doit-elle inquiéter ?

Si la tristesse, la perte de plaisir ou d’intérêt persistent presque quotidiennement pendant au moins deux semaines et perturbent fortement la vie quotidienne, il est préférable d’en parler à un médecin ou à un professionnel de santé.

Sources principales :