Lieu : France

L’alexithymie aide à comprendre pourquoi certaines émotions semblent parfois s’exprimer par le corps

Christophe Duhamel· 23 septembre 2026 à 16:39

Une gorge nouée, un ventre tendu, une fatigue difficile à expliquer : certaines émotions sont parfois ressenties avant d’être comprises. L’alexithymie éclaire ce décalage troublant entre le corps et les mots, sans pour autant constituer une maladie ou un diagnostic psychiatrique.

L’alexithymie complique l’identification des émotions sans empêcher de les ressentir

L’alexithymie désigne principalement une difficulté à identifier ses émotions, à les distinguer les unes des autres et à les décrire avec précision. Une personne concernée peut ainsi savoir qu’elle traverse quelque chose d’intense sans parvenir à déterminer s’il s’agit de colère, de peur, de tristesse ou d’excitation.

Cette particularité ne signifie donc ni froideur ni absence de sensibilité. Les émotions existent bel et bien, parfois avec une intensité importante. C’est davantage leur décodage conscient qui devient compliqué. La personne peut alors privilégier les faits, les événements concrets ou les sensations physiques lorsqu’elle raconte ce qu’elle traverse.

Maux de ventre, tensions, fatigue : le corps peut devenir un indice émotionnel précieux

Lorsque l’émotion reste difficile à nommer, l’attention peut naturellement se reporter vers ce qui paraît plus identifiable : le corps. Palpitations, tensions musculaires, gêne abdominale ou fatigue deviennent alors des signaux très présents. Cela ne signifie pas que chaque douleur inexpliquée cache nécessairement une émotion.

Certains signes peuvent néanmoins accompagner des périodes de forte charge émotionnelle :

  • tensions musculaires ou impression persistante d’être crispé ;

  • sensations digestives, boule dans la gorge ou accélération du rythme cardiaque ;

  • fatigue, agitation ou inconfort général difficile à relier immédiatement à un événement précis.

Les recherches établissent des associations entre alexithymie et somatisation, mais la prudence reste essentielle. Une sensation physique possède de nombreuses causes possibles et mérite une évaluation médicale lorsqu’elle persiste. L’intérêt de l’alexithymie est plutôt d’ajouter une piste : regarder aussi ce qui se joue émotionnellement.

Les relations peuvent devenir plus difficiles lorsque les émotions restent difficiles à nommer

Dans une conversation intime, répondre à « qu’est-ce que tu ressens ? » peut devenir étonnamment compliqué. Cette difficulté risque d’être interprétée comme du désintérêt ou de la distance. Pourtant, les travaux sur la cognition sociale montrent une réalité plus nuancée, où identification émotionnelle, empathie et compréhension d’autrui interagissent différemment selon les personnes.

Créer un environnement plus confortable passe notamment par des questions concrètes. Demander ce qui s’est passé, quelles sensations sont apparues ou ce qui aiderait maintenant peut être plus accessible qu’exiger immédiatement le nom d’une émotion. Cette approche réduit les malentendus et laisse davantage de temps pour comprendre son état intérieur.

Apprendre à relier sensations et émotions peut progressivement faciliter le quotidien

L’alexithymie n’étant pas une maladie en elle-même, il ne s’agit pas simplement de vouloir la « guérir ». Des travaux récents suggèrent toutefois que certaines approches psychothérapeutiques peuvent réduire les difficultés alexithymiques, notamment en développant progressivement l’attention portée aux sensations, aux pensées et aux situations émotionnelles.

Quelques habitudes peuvent également servir de points de repère au quotidien :

  • observer les sensations corporelles avant de chercher immédiatement le mot juste ;

  • noter la situation, les pensées et les réactions qui apparaissent ensemble ;

  • enrichir progressivement son vocabulaire émotionnel sans transformer cet exercice en obligation de performance.

Cette progression demande souvent du temps. Reconnaître une émotion n’est pas toujours instantané, même chez les personnes peu alexithymiques. L’essentiel consiste surtout à éviter les jugements rapides. Derrière un silence, une réponse factuelle ou un malaise corporel peut se trouver une expérience émotionnelle réelle, simplement plus difficile à traduire.

Mieux connaître l’alexithymie permet finalement de changer de regard. Une personne qui peine à parler de ses émotions n’en est pas nécessairement privée. Comprendre cette différence peut faciliter les relations, améliorer l’accompagnement psychologique et rappeler une chose essentielle : ressentir une émotion et savoir la nommer sont deux capacités distinctes.

Alexithymie : quand le corps exprime des émotions difficiles à nommer — AirZen