Selon une estimation de l'OCDE, généraliser le Nutri-Score à l'ensemble des pays européens permettrait d'éviter environ 2 millions de cas de maladies chroniques d'ici 2050. Ce logo, noté sur une échelle de cinq lettres allant de A à E, s'affiche aujourd'hui sur des milliers de produits en rayon. Voici ce qu'il mesure réellement, et où s'arrêtent ses limites.
Le Nutri-Score sert à comparer des produits similaires, pas à juger un aliment isolément dans l'absolu
Le Nutri-Score fait souvent l'objet de critiques, avec un exemple qui revient sans cesse : certaines céréales du petit-déjeuner obtiennent une meilleure note que des sardines en boîte, pourtant perçues comme un aliment plus naturel. Cet exemple, souvent utilisé pour discréditer l'outil, repose en réalité sur un malentendu.
Le Nutri-Score n'a jamais eu pour ambition de désigner un aliment "bon" ou "mauvais" dans l'absolu. Son rôle est de permettre une comparaison à l'intérieur d'une même catégorie de produits, ceux que l'on consomme dans des situations similaires. Comparer deux paquets de céréales, ou deux pizzas surgelées, a donc du sens.
En revanche, mettre en balance des céréales et de l'huile d'olive n'apporte aucune information utile : ce sont deux familles d'aliments qui ne se substituent pas l'une à l'autre dans une assiette. Un peu comme comparer les notes de deux bulletins scolaires qui ne portent pas sur les mêmes matières.
Les produits classés D ou E ne sont pas interdits, mais leur consommation doit rester occasionnelle
Une autre idée reçue circule souvent : une alimentation équilibrée devrait bannir tout produit classé D ou E. Ce n'est pourtant pas le message porté par l'outil, pensé pour une consommation occasionnelle, pas pour une interdiction totale.
Un produit classé D ou E peut rester au menu, à condition de ne pas en faire une habitude quotidienne.
La fréquence de consommation compte autant que la note elle-même.
Réduire la taille de la portion permet de garder une place à ces aliments sans déséquilibrer un repas.
Associer le produit à des légumes ou des fruits mieux classés aide à rééquilibrer l'ensemble du repas.
Le principe reste donc simple : aider à arbitrer au moment des courses, sans transformer une lettre en jugement moral sur ce que l'on mange.
Le Nutri-Score ignore l'ultra-transformation et les additifs, deux critiques régulièrement adressées à l'outil
Le reproche revient souvent : le Nutri-Score ne tient pas compte de l'ultra-transformation des aliments, ni de la présence d'additifs. Concrètement, un produit ultra-transformé est un aliment qui a subi de nombreuses étapes industrielles, avec ajout de colorants, d'arômes ou de conservateurs, avant d'arriver en rayon. Cette critique est fondée : aucun logo ne prend aujourd'hui ce critère en compte.
Mais aucun indicateur ne peut résumer à lui seul tous les aspects d'un aliment. Le Nutri-Score se concentre sur la qualité nutritionnelle (les quantités de sucre, de sel, de graisses ou de fibres), car c'est aujourd'hui le facteur dont l'effet sur les maladies chroniques, ces pathologies qui s'installent progressivement comme le diabète de type 2, est le plus documenté scientifiquement.
Cela ne signifie pas que les additifs ou la transformation industrielle sont sans importance pour la santé. Cela veut simplement dire qu'il est impossible de faire tenir tous les critères dans une seule lettre, sans perdre en cohérence scientifique.
Un dispositif né de la recherche publique, régulièrement critiqué par une partie du secteur agroalimentaire
Certaines critiques accusent le Nutri-Score de favoriser les produits industriels au détriment des aliments bruts. Cette lecture reste largement contestée par les chercheurs à l'origine de l'outil. Le dispositif a été conçu par des équipes de recherche en santé publique, et non par les industriels du secteur.
Plusieurs entreprises agroalimentaires ont d'ailleurs tenté, et tentent encore aujourd'hui, de freiner son déploiement à l'échelle européenne. Cette opposition n'est pas anodine : elle illustre les enjeux économiques qui entourent un simple logo coloré présent sur un paquet de gâteaux ou une brique de lait.
Le Nutri-Score n'est pas un outil parfait, et personne ne le prétend. Mais à ce jour, il reste l'un des repères les plus simples à utiliser directement dans les rayons du supermarché, pour orienter un choix entre deux produits similaires.

