Thérapie : parler à son "enfant intérieur", qu'est-ce que ça veut dire ?

Olivier MONTEGUT· 17 juin 2026 à 07:00
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Se parler avec douceur, comme on le ferait avec un enfant : c’est l’idée simple et puissante du travail sur l’enfant intérieur. Une démarche qui aide à mieux se comprendre, et à agir avec plus de conscience.

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Avez-vous déjà entendu parler de « l’enfant intérieur » ? Il serait cette part de nous qui garde en mémoire nos premières expériences, nos peurs et nos croyances. Pour Marie Gardeisen, qui accompagne des adultes sur ce chemin via des séances et des ateliers, il ne s’agit pas d’un concept abstrait, mais d’une image très concrète pour mieux se rencontrer. « À mes yeux, l’enfant intérieur, c’est une métaphore de notre ego, notre ego qui est construit dans notre enfance, de nos zéro à nos sept ans », explique-t-elle.

Dans ces premières années, l’enfant se construit à travers le regard des proches, l’école, les amitiés, les règles, les encouragements… et aussi les manques. Certaines phrases entendues, certaines humiliations, certaines peurs peuvent se « cristalliser » et devenir, plus tard, des réflexes d’adulte : une hypervigilance, une difficulté à dire non, un besoin de contrôle, une peur de l’abandon. Marie Gardeisen résume l’enjeu : mieux comprendre ce qui s’active en nous pour ne plus subir des réactions automatiques.

Car l’objectif n’est pas de rester coincé dans le passé, ni de « chercher des excuses » à tout. Il s’agit plutôt d’éclairer le présent. « L’objectif de l’enfant intérieur, c’est un travail vraiment pour se reconnecter à cet enfant… pour dénouer ce qui a été cristallisé à l’intérieur de soi », précise-t-elle, afin de « pouvoir ainsi agir différemment et non réagir de façon inconsciente ».

Quand la vie d’adulte réveille l’enfant : parentalité, couple, travail

Souvent, ce sont les situations du quotidien qui révèlent ces échos de l’enfance. La parentalité, par exemple, agit comme un miroir : on se surprend à répéter des schémas, ou au contraire à vouloir s’en éloigner à tout prix.

Ce travail sur l’enfant intérieur propose justement un détour utile : au lieu de se juger (« je suis trop comme ci », « pas assez comme ça »), on apprend à écouter ce qui se joue derrière. Une colère disproportionnée peut cacher une ancienne sensation d’injustice. Une peur de décevoir peut venir d’un besoin ancien d’être aimé « à condition de ». Une difficulté à prendre la parole peut être liée à un souvenir où l’on s’est senti invisible.

Dans cette approche, l’adulte ne « retourne » pas dans le passé pour s’y enfermer. Il y va pour créer un lien. « C’est venir rassurer le petit être en soi qui parfois a manqué d’amour, de mots, de tendresse ou juste de considération », souligne l'autrice de l'ouvrage Mon Shadow Light Journal aux éditions Flammarion. Elle parle d’un « jeu d’équilibriste » : garder les pieds dans le présent, tout en ouvrant un dialogue avec cette part plus jeune de soi, restée en attente.

Recréer un duo : l’adulte d’aujourd’hui au service de l’enfant d’hier

La force de cette démarche tient en une idée accessible : l’adulte que nous sommes peut devenir un soutien fiable pour l’enfant que nous avons été. Un changement de posture, presque un changement de rôle. « C’est recréer un dialogue et rassurer notre enfant intérieur… en lui disant tout va bien, je gère », explique Marie Gardeisen. Une façon de remettre de la sécurité là où, parfois, il en a manqué.

Ce dialogue intérieur n’est pas un monologue « magique ». Il s’inscrit dans un travail concret de prise de conscience : repérer les situations déclenchantes, identifier l’émotion, comprendre l’histoire qui s’active, puis choisir une réponse plus ajustée. L’adulte peut alors dire à cette part vulnérable : tu n’es plus seule. Tu n’as plus à te battre comme avant. Les ressources ont changé.

L'autrice insiste sur ce point : grandir ne signifie pas effacer l’enfant en soi, mais l’intégrer. « tu peux aussi lâcher prise, on est ensemble », résume-t-elle. Derrière ces mots, il y a une philosophie du soin : se traiter avec la même considération que celle qu’on offrirait à quelqu’un qu’on aime.

Le bénéfice, lui, dépasse le cadre du bien-être individuel. Quand une personne devient plus consciente de ses mécanismes, elle communique souvent mieux, pose des limites plus saines, et apaise ses relations. Ce travail intime peut ainsi avoir un effet collectif : moins de réactions impulsives, plus d’écoute, davantage de stabilité émotionnelle — à la maison, au travail, dans la société.

Pourquoi Marie Gardeisen en a fait sa mission : transformer son vécu en ressource

Si Marie Gardeisen (créatrice de la page @guerir_son_enfant_interieur) accompagne aujourd’hui des adultes, c’est parce qu’elle est passée par là. Elle raconte que ce travail a été un levier majeur dans son cheminement personnel. « La petite Marie avait des choses aussi à régler, avait besoin aussi d’amour sur certains aspects », confie-t-elle.

Cette expérience, elle a choisi de la partager plutôt que de la garder pour elle. « Cette notion m’a tellement aidé que je me suis dit : autant la partager », explique-t-elle. Une démarche fidèle à l’esprit AirZen : transformer une épreuve ou une fragilité en point d’appui, et en faire une énergie de transmission.

Cette pédagogie passe aussi par l’écriture : Marie Gardeisen a publié un livre pour diffuser cette démarche au plus grand nombre. Son livre sur l’enfant intérieur s’inscrit dans cette logique : mettre des mots accessibles sur des ressentis parfois flous, et proposer des pistes pour avancer à son rythme.

Pas besoin de “grand traumatisme” : une reconnexion à soi pour tout le monde

Travailler sur son enfant intérieur ne concerne pas uniquement celles et ceux qui ont vécu des événements graves. Marie Gardeisen le dit sans détour : « Je pars du principe que dans tous les cas, on aura tous des choses à travailler ». Même sans traumatisme identifié, chacun porte des fragilités, des fêlures, des conditionnements liés à l’éducation, à l’école, à l’ambiance familiale, ou encore à l’histoire transgénérationnelle.

Cette vision a quelque chose de rassurant : elle normalise le fait d’avoir des zones sensibles. Elle évite aussi de hiérarchiser les souffrances. L’enjeu n’est pas de comparer les parcours, mais de se rencontrer avec honnêteté. « C’est toujours intéressant de se concentrer sur notre enfant intérieur pour vraiment mettre de la conscience sur qui nous sommes », affirme-t-elle.

Au fond, la promesse de cette démarche tient en une phrase : vivre plus consciemment. Identifier ce qui nous pilote, pour reprendre la main. Avec plus de douceur, mais aussi plus de responsabilité. Et quand l’adulte apprend à prendre soin de l’enfant en lui, il devient souvent plus capable de prendre soin du monde autour de lui : avec des relations plus apaisées, des choix plus alignés, et une confiance plus solide dans l’avenir.

#Mieux être
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