Paris : Mathilde Cabanis prouve que le handicap n’empêche pas d’être parent

Jerome Pasanau· 13 janvier 2026 à 10:00

Devenir mère, même avec un handicap, c’est possible quand l’entourage et les bons outils sont là. Mathilde Cabanis raconte un quotidien fait d’astuces, de confiance retrouvée et d’amour en équipe.

À écouter

Une maternité qui se construit pas à pas

Avant sa première grossesse, Mathilde Cabanis ne s’est pas laissé arrêter par les scénarios catastrophes.
« Moi, je me suis dit, j’ai envie d’avoir un enfant, je vais avoir un enfant », confie-t-elle. Puis, une fois enceinte, les questions arrivent, très concrètes : comment porter, changer, sécuriser, s’organiser. À l’Institut médico chirurgical de Montsouris (IMM) à Paris, où elle accouche, une professionnelle l’accompagne dès le début et l’oriente vers du matériel adapté.

Le déclic, c’est souvent l’expérience. « C’est l’habitude qui fait qu’on crée des techniques », explique Mathilde, en rappelant que même sans handicap, les gestes de jeune parent s’apprennent dans le réel. Poussette, chaise de portage, transat à roulettes… elle teste, ajuste, et gagne en assurance. « Progressivement, j’ai pris confiance en moi, en mes capacités », résume-t-elle.

Compenser pour retrouver l’égalité des chances

Mathilde parle de “compensations” avec des mots simples, loin des discours théoriques. « Quand vous prenez deux personnes, vous avez deux mains, j’ai qu’une seule main. De facto, on n’est pas égaux. » Mais l’objectif n’est pas de renoncer : c’est de rééquilibrer. « La technique, l’aide humaine, l’aide organisationnelle… ça peut me permettre de revenir à la même égalité de chance que vous. »

Dans son quotidien, cela se traduit par des solutions très concrètes, parfois issues du handicap, parfois passées dans le grand public : un bras articulé pour tenir le téléphone, des aménagements à la maison, et une logistique pensée pour économiser l’énergie. Cette créativité du quotidien devient une force, et un message adressé à ceux qui doutent : « Si, au fond de toi, tu as envie, ta situation de handicap ne devrait pas te freiner. »

Point clé : « Il faut tout un village pour éduquer un enfant » prend “encore plus de poids” quand les parents sont en situation de handicap, rappelle Mathilde.

Oser demander de l’aide, sans perdre sa place de parent

Dans une société où l’on valorise l’autonomie à tout prix, demander du soutien peut être un cap difficile. Mathilde le dit sans détour : « Cette notion d’aide humaine, elle est très difficile… c’est difficile d’oser demander de l’aide aux autres. » Pourtant, autour d’elle, la présence de son compagnon, de ses parents, de sa sœur, de ses beaux-parents a été décisive, surtout au début.

Ce soutien ne remplace pas la parentalité : il la rend possible, stable, sereine. Mathilde raconte ces premiers moments où elle n’osait pas rester seule avec son bébé, puis la bascule progressive vers la confiance. Une confiance qui se construit aussi en acceptant les jours “avec” et les jours “sans”, en choisissant la bonne solution au bon moment, et en s’autorisant à souffler.

Quand la mère devient aussi aidante : un marathon en équipe

À son handicap s’ajoute une autre réalité : Mathilde devient aidante pour sa fille Hortense, qui a des soucis de santé. « Au début, je n’arrivais pas à poser le mot aidant sur ma situation », raconte-t-elle. Le déclic arrive au retour au travail, quand la charge mentale se révèle dans toute sa complexité : médicaments, soins, rendez-vous, fatigue, regard des autres. « Ce rôle d’aidante, c’est un marathon… et il faut tenir sur la durée. »

Dans la fratrie, la famille cherche une “normalité” qui n’efface pas l’histoire. Hortense va à l’école, danse, fait du karaté et du foot, et « kiffe » les soirées pyjama. Le petit frère, Marceau, observe, imite, apprend à son rythme. À la maison, le dialogue est ouvert, avec un livre photo que la fillette relit parfois « mille fois ». Mathilde assume une transparence choisie : « Je suis hyper transparente… pour que plus tard, ce ne soit pas un tabou. »

Son souhait est clair : que ses enfants grandissent avec de la fierté, pas avec une gêne. « Je veux… qu’elle soit fière de son histoire », dit-elle, convaincue que ce vécu peut devenir « une force et une énergie au quotidien ». Un récit de vie qui rappelle qu’avec des ressources, de l’entraide et de l’inventivité, la parentalité s’ouvre à plus de possibles.

Le message de Mathilde Cabanis résonne comme une main tendue : se poser des questions est légitime, mais l’élan compte aussi. Et si l’on commençait par écouter, partager, et construire ce “village” qui permet à chaque parent, quel que soit son parcours, de trouver sa place ?

Pour aller plus loin > HandiSitter, un soutien aux parents d'enfants porteurs de handicap

Paris : Mathilde Cabanis prouve que le handicap n’empêche pas d’être parent — AirZen