Bulles de fraise, chips à la fraise, kombucha, insectes comestibles, repas d’astronautes… Du 2 au 12 octobre 2026, la Fête de la science met l’alimentation à l’honneur avec « Saveurs savantes ». Parmi plus de 6 500 rendez-vous annoncés, nous avons repéré dix expériences où l’on pourra vraiment goûter, manipuler, sentir et comprendre
Votre cuisine contient déjà un laboratoire. Vous y faites coaguler des protéines, gonfler des pâtes grâce à des micro-organismes, brunir des aliments par réactions chimiques et tenir ensemble de l’huile et de l’eau dans une mayonnaise alors que ces deux-là n’avaient, au départ, aucune intention de collaborer.
La Fête de la science 2026 a décidé d’en faire son terrain de jeu. Pour sa 35e édition, du 2 au 12 octobre, le rendez-vous national choisit le thème « Saveurs savantes » et annonce plus de 6 500 événements. Cuisine, goût, fermentation, cerveau, agriculture, environnement : l’alimentation devient une porte d’entrée vers une quantité étonnante de disciplines scientifiques.
Le choix de Thierry Marx comme parrain n’est pas seulement décoratif. Le chef travaille depuis une quinzaine d’années avec le physicien-chimiste Raphaël Haumont à Paris-Saclay, où ils ont créé le Centre Français d’Innovation Culinaire. Une manière assez concrète de rappeler que derrière une mousse, une cuisson ou une texture se cachent des phénomènes que l’on peut mesurer et comprendre.
Pourquoi 2026 met-elle autant la science à table ?
L’année tombe particulièrement bien. Elle marque à la fois le centenaire de l’étoile Michelin et les 200 ans de la parution de Physiologie du goût de Brillat-Savarin, ouvrage qui faisait déjà dialoguer gastronomie, sensations et connaissance scientifique.
Mais le programme 2026 regarde surtout vers le présent : pourquoi une odeur modifie-t-elle ce que nous croyons goûter ? Comment des bactéries transforment-elles un légume ? Que mange-t-on en apesanteur ? Peut-on concevoir un moule à chocolat dans un Fab Lab ? Et faudra-t-il un jour croquer des grillons ?
La manifestation est gratuite et ouverte à tous, mais certains ateliers ont une jauge très réduite et nécessitent une inscription. Le programme peut encore évoluer d’ici octobre : pour les rendez-vous qui vous tentent vraiment, mieux vaut vérifier leur fiche officielle avant de partir.
1. À Paris, commencer par une Nuit de la science au musée
Le 2 octobre, le Musée des Arts et Métiers ouvre l’édition avec une Nuit de la science consacrée aux « Saveurs savantes », de 19 heures à minuit. Spectacles, mini-conférences, chercheurs, chefs, laboratoire culinaire et village des sciences doivent transformer le musée en grande cuisine expérimentale.
C’est probablement le meilleur choix pour quelqu’un qui veut picorer plusieurs disciplines en une soirée plutôt que suivre un seul atelier. Et, dans un musée qui conserve déjà quelques-unes des grandes inventions de notre histoire technique, venir observer la science d’une sauce ou d’une cuisson ne manque pas de cohérence.
2. À Lille, mélanger IA, insectes et nourriture d’astronautes
La Nuit de la Science « Les Secrets du Goût », organisée le 2 octobre à la Faculté de Gestion, Économie et Sciences de l’Université Catholique de Lille, coche presque toutes les cases : dégustations, cuisine moléculaire, intelligence artificielle, alimentation spatiale et insectes comestibles.
Les visiteurs pourront notamment explorer la manière dont l’IA reconnaît certains goûts et découvrir les contraintes des repas en mission spatiale. La soirée se déroule de 18 à 22 heures et la réservation est obligatoire. La jauge annoncée est de 300 personnes.
3. À Montpellier, vérifier si votre cerveau vous ment
Le Village des sciences de Montpellier propose les 3 et 4 octobre un atelier au nom particulièrement prometteur : « Molécules Gourmandes : Quand la Science se Déguste ».
Au menu : labyrinthe des sens, défi des cinq saveurs, illusions gustatives et « cabinet des curiosités comestibles ». Les étudiants de la licence Parfums-Arômes et Cosmétiques proposent par exemple de tester une menthe habillée en jaune, une fraise devenue verte, des chips à la fraise ou de la barbe à papa à la lavande.
L’intérêt va au-delà de l’effet surprise : notre perception d’un aliment dépend à la fois des molécules qu’il contient, de son odeur, de sa couleur, de sa texture et des attentes de notre cerveau. Après l’atelier, il devient difficile de continuer à penser que le goût se trouve uniquement sur la langue.
4. À La Tour-d’Aigues, fabriquer des spaghettis… à la menthe
Le 4 octobre, le Village des sciences de La Tour-d’Aigues, dans le Vaucluse, mérite presque à lui seul le déplacement. L’atelier « Cuisiner les molécules » propose de fabriquer des bulles de sirop de fraise, des spaghettis de menthe ou une mousse aérienne au jus de pomme.
Sur le même site, « Le goût dans tous les sens » fait expérimenter le sucré, le salé, l’acide, l’amer et l’umami, puis joue avec les odeurs, les couleurs et même les sons de cuisson. L’un des défis consiste à reconnaître un aliment sans le voir ni le goûter, uniquement grâce à son odeur ou au bruit qu’il produit.
De 10 heures à 17h30, on peut donc passer de la cuisine moléculaire aux neurosciences sans quitter la salle. Il y a pire programme pour un dimanche.
5. À Chartres, manger les yeux fermés pour comprendre ses sens
À l’IUT de Chartres, les 3 et 4 octobre, l’atelier « Fermentation, saveurs et illusions » commence par le pain et les micro-organismes avant de bifurquer vers la perception.
Peut-on reconnaître un aliment les yeux fermés ? Une odeur modifie-t-elle ce que l’on goûte ? La vue change-t-elle réellement la saveur perçue ? Les participants testent leurs cinq sens plutôt que d’écouter une conférence sur leur fonctionnement. C’est exactement l’intérêt de cette édition : transformer des notions abstraites en petites expériences que l’on peut ensuite refaire à table.
6. À Saint-Omer, fabriquer le moule avant de fabriquer le chocolat
Le 6 octobre, La Station de Saint-Omer pousse le principe encore un peu plus loin : le matin, les participants conçoivent leurs propres emporte-pièces et moules thermoformés avec des outils de fabrication numérique ; l’après-midi, ils les utilisent pour réaliser chocolats ou biscuits.
Le numérique ne sert donc plus seulement à trouver une recette : il permet de fabriquer l’outil qui va lui donner forme. L’atelier est réservé aux 15 ans et plus, l’inscription est obligatoire et la capacité annoncée n’est que de huit personnes. Celui-ci mérite donc d’être réservé rapidement si l’idée vous séduit.
7. À Amiens, découvrir que « lacto » ne veut pas dire lait
La lactofermentation conserve les aliments grâce à l’action de bactéries lactiques qui transforment des sucres en acide lactique. Et malgré son nom, elle n’a pas nécessairement quoi que ce soit à voir avec le lait ou le lactose.
Le 6 octobre à Amiens, la chercheuse Élodie Choque propose une rencontre autour de cette technique et de ses recherches, notamment un projet de film alimentaire conçu à partir de racines d’endives. La séance « À la découverte de la lactofermentation » est limitée à 12 personnes et sur réservation obligatoire.
Voilà qui devrait donner une seconde vie scientifique au bocal de légumes fermentés du réfrigérateur.
8. Près de Rennes, fabriquer kéfir, kombucha et ginger beer
À Saint-Sulpice-la-Forêt, le 7 octobre, la taverne agri-culturelle Le Guibra organise un atelier consacré aux boissons fermentées. Kéfir, kombucha et ginger beer deviennent ici des objets d’expérimentation : on découvre ce que font les micro-organismes pendant que nous attendons tranquillement que la boisson se transforme.
Les préparations réalisées pendant l’atelier seront proposées à la dégustation lors de la clôture locale, le 11 octobre. La jauge annoncée est de 50 personnes. Un joli moyen de comprendre que la fermentation n’est ni une mode récente ni une mystérieuse opération de cuisine naturelle, mais une biotransformation bien réelle.
9. À Tours, la question qui divise les tablées : mangeriez-vous un grillon ?
Les 10 et 11 octobre, l’Institut de Recherche sur la Biologie de l’Insecte installe à l’Hôtel de Ville de Tours l’atelier « Je te mange tu me manges ! ».
On y parle du rôle des insectes dans les écosystèmes, de leur utilisation possible dans l’alimentation animale et de leur place éventuelle dans notre propre alimentation. Le programme propose même aux visiteurs volontaires de goûter un grillon ou un ver de farine.
L’expérience est utile précisément parce qu’elle permet de dépasser le réflexe « beurk » ou, à l’inverse, le discours présentant les insectes comme la solution alimentaire évidente du futur. On regarde ce qu’ils peuvent apporter, dans quelles conditions, et pourquoi la recherche s’y intéresse.
10. Aux Sables-d’Olonne, passer à la cantine des astronautes
Que mange-t-on lorsqu’aucune miette n’a intérêt à se mettre à flotter dans la cabine ? Comment conserve-t-on un repas pendant une mission ? Et comment boit-on lorsqu’il n’y a plus vraiment de « bas » vers lequel verser le contenu du verre ?
L’atelier « La cantine des astronautes », aux Sables-d’Olonne les 10 et 11 octobre, permet d’aborder l’alimentation spatiale à travers les contraintes de conservation, de transport et de préparation des repas en orbite.
Un excellent rappel qu’un menu est aussi un problème d’ingénierie dès qu’on déplace la table à quelques centaines de kilomètres au-dessus de nos têtes.
Votre cuisine ne sera peut-être plus tout à fait la même après
Le fil rouge de ces ateliers est assez malin : partir d’un objet que tout le monde connaît — une pomme, du pain, du chocolat, une odeur — pour montrer combien de sciences peuvent se cacher derrière.
Une mayonnaise devient un problème d’émulsion. Une croûte de pain fait entrer la chimie des réactions de Maillard dans la cuisine. Un kombucha devient une culture de micro-organismes. Une couleur peut tromper notre perception du goût. Et un simple biscuit peut commencer son existence dans un logiciel de conception 3D.
C’est probablement la meilleure promesse de cette Fête de la science : vous n’avez pas besoin d’aimer les équations pour être déjà entouré de physique, de chimie, de biologie et de neurosciences. Il suffit parfois d’ouvrir le placard.
Le réflexe AirZen
Avant octobre, faites l’expérience la plus simple du programme chez vous : goûtez le même aliment en vous bouchant le nez, puis recommencez normalement. Ce que nous appelons couramment le « goût » dépend énormément de l’olfaction. Une expérience de dix secondes suffit souvent à s’en rendre compte.
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Pour prolonger l’expérience côté cerveau : pourquoi cuisiner peut parfois couper l’appétit.
Pour approfondir le monde des micro-organismes : comment la fermentation transforme nos aliments.
Et pour regarder encore plus loin dans l’assiette : insectes, aliments fermentés et alimentation de demain.

