Depuis peu, les perles du trésor de Novgorod prouvent que l'élite viking portait un style partagé à l'échelle européenne

Christophe Duhamel· 19 avril 2026 à 16:45

Un trésor de 39 perles en argent pur découvert à Novgorod en 2024 révèle les réseaux artisanaux de l'élite viking entre Scandinavie et les mondes slaves.

Le trésor du Vozdvizhensky, premier ensemble bijoux-monnaies jamais trouvé en contexte urbain à Novgorod, fascine les spécialistes

Des archéologues ont découvert le trésor lors de fouilles préventives à l'été 2024. Il comprend 39 perles en argent aux formes variées : lisses, côtelées, granulées, hémisphériques, ajourées, lobées et spiralées. Un anneau de tempe complète l'ensemble. Des monnaies présentes ont permis de le dater à la fin du Xe siècle.

Les chercheurs soulignent d'emblée son caractère exceptionnel. Il s'agit du premier trésor mixte bijoux et monnaies réunis jamais exhumé en contexte urbain à Novgorod pour cette période. Cette situation inédite offre une fenêtre rare sur les pratiques de richesse et d'échange dans la Russie médiévale naissante.

Grande Moravie, Scandinavie, Volhynie : quatre origines distinctes tracent une carte de l'artisanat élitaire viking à travers l'Europe

Les analyses ont identifié quatre grandes familles de perles selon leur origine probable. Les perles granulées et ajourées proviennent de la Grande Moravie. Les exemplaires hémisphériques sont une innovation des mondes slaves occidentaux. Les perles spiralées renvoient à la production scandinave, tandis que les formes lobées pointent vers la Volhynie.

Des parallèles frappants existent avec d'autres trésors européens connus. Des perles similaires apparaissent dans le trésor de Gnezdovo, dans les sites du district lacustre de Novgorod, et dans des contextes scandinaves tels que l'île de Gotland ou Vårby. Ces liens transrégionaux confirmés témoignent de la vitalité des échanges à l'époque viking.

Des bijoux analogues ont aussi été retrouvés dans des sépultures aristocratiques rurales de l'ancienne Rous'. Cela suggère que ces objets de prestige circulaient progressivement au-delà des élites urbaines. Le trésor du Vozdvizhensky illustre ainsi un style international partagé, propre aux hautes sphères sociales de l'Europe du Nord au Xe siècle.

Microscopie électronique et tomographie neutronique révèlent une maîtrise technique sans faille dans la fabrication des perles en argent

Les scientifiques ont mobilisé des outils d'analyse de pointe pour disséquer ces perles. Microscopie optique, microscopie électronique à balayage et microanalyse par rayons X dispersifs ont cartographié la composition et la surface des bijoux. Ces méthodes ont confirmé que toutes les perles sont fabriquées en argent de très haute pureté.

Des tomographies aux rayons X et aux neutrons, conduites au Centre Kurchatov, ont exploré l'intérieur des perles sans les altérer. Les chercheurs ont ainsi visualisé soudures, structures internes et méthodes d'assemblage. Neuf perles présentaient des défauts internes invisibles, comme des décollements ou des microfissures.

À Novgorod, carrefour entre Baltique, Byzance et Islam, l'argent recyclé en bijoux racontait le rang social de son porteur

Les traces d'usure observées sur certaines perles ajoutent un éclairage précieux. Les modèles granulés et spiralés portent des abrasions marquées, signe d'un usage prolongé. Les perles hémisphériques, plus fragiles, restent mieux conservées. Cette diversité d'état suggère que le trésor réunit des objets d'âges différents, peut-être issus de plusieurs colliers.

Veliky Novgorod occupait une position stratégique au Xe siècle. La ville connectait la mer Baltique aux mondes byzantin et islamique. L'argent, souvent issu du recyclage de monnaies islamiques, circulait sans cesse et se transformait en bijoux de prestige. Porter ces perles, c'était afficher son rang dans un réseau d'élites à l'échelle continentale.

L'étude publiée dans la revue Russian Archaeology confirme que la présence de perles appariées indique une vente ou un usage en ensembles assortis. Même usé, ce type de bijou conservait une haute valeur symbolique et marchande. Ces objets n'étaient pas de simples parures : ils formaient un langage social codé, lisible par leurs contemporains.

Depuis peu, les perles du trésor de Novgorod prouvent que l'élite viking portait un style partagé à l'échelle européenne — AirZen