Faire du sport, c’est bon pour le corps, le souffle, le sommeil et la tête. Pourtant, à l’adolescence, la pratique sportive recule nettement chez de nombreuses jeunes filles, au moment même où elle pourrait devenir un précieux repère. Le phénomène n’est pas une affaire de motivation individuelle. « Il faut un peu sortir de ses responsabilités individuelles : il y a un système qui ne permet pas de pratiquer en sécurité lorsque notre corps change », explique Alexanne Bardet, du think tank Vers le haut. À cet âge, le corps se transforme, les complexes peuvent apparaître, et l’environnement sportif n’est pas toujours prêt à accompagner ces transitions avec bienveillance.

D’autre part, l’offre sportive reste souvent pensée autour de la performance et de la compétition, alors qu’une partie des adolescent.es aspire à autre chose. « Beaucoup voudraient une pratique plus en loisirs, plus dans la coopération, moins dans la compétition », souligne Alexanne. Quand les structures ne proposent qu’un modèle unique, celles et ceux qui ne s’y reconnaissent pas finissent par s’éloigner. En milieu rural par exemple, cette mécanique peut se transformer en impasse. « Un club en milieu rural, s’il n’y a pas assez de filles, il n’y a plus de sport ».

Ce décrochage n’est pas seulement une affaire de logistique. Il touche aussi à la façon dont on se sent accueilli : dans un vestiaire, sur un terrain, dans un cours d’EPS. Quand l’ambiance devient “jugeante”, quand la comparaison ou les complexes s’installent, ou quand la peur du regard prend le dessus, l’activité perd son rôle de refuge et de plaisir.

En gymnastique, il a fallu attendre janvier 2025 pour autoriser les jeunes filles à porter un petit short au-dessus du justaucorps en compétition, une évolution attendue pour plus de confort et de sérénité. Tenues, équipements, modalités de compétition… ces détails en apparence secondaires peuvent devenir décisifs à l’adolescence.

Heureusement, des solutions concrètes existent

Bonne nouvelle : des initiatives existent déjà, concrètes, duplicables, et souvent simples à mettre en place. L’association Play International développe des programmes en mixité en valorisant le jeu coopératif. L’idée : modifier les règles pour que l’avantage ne dépende pas uniquement de la puissance ou de la vitesse, mais aussi de l’intelligence collective.

« Le but, c’est d’éviter cette opposition fille-garçon en permanence », insiste Tess Harmand de l’association Alice Milliat. En adaptant les règles, on valorise davantage le collectif, la mobilité, la stratégie, l’entraide. Et on permet à chacun d’exister dans la partie, quel que soit son gabarit ou son tempérament.

Le sport a un pouvoir unique : il construit la confiance, le goût de l’effort, le sens du collectif. Quand il devient accessible à toutes et tous, il agit comme un accélérateur d’égalité et de bien-être. En redonnant aux adolescentes des raisons de rester – et à chacun la possibilité de trouver sa place – ces initiatives dessinent un horizon simple et solide : celui d’une pratique sportive qui fait grandir, ensemble.