Dimitri Repérant entraîne les orateurs à trouver leur vraie voix

Gilles ANDRE· 24 avril 2026 à 10:00

Mieux parler, ce n’est pas réciter des techniques : c’est oser être pleinement soi. Avec ses séminaires, Dimitri Repérant aide les leaders à libérer une voix qui met en mouvement.

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Un métier au service de l’impact : « entraîneur d’orateur »

Sur AirZen Radio, on parle souvent de rythme, d’intonation, de souffle. Mais derrière la technique, il y a une ambition plus large : faire de la prise de parole un levier d’action positive. C’est exactement le terrain de Dimitri Repérant, qui se présente comme « entraîneur d’orateur », et qui accompagne celles et ceux qui veulent gagner en impact, sans se trahir.

Son point de départ est simple : notre temps d’écoute est précieux. Il le dit sans détour, avec une exigence qui sonne comme un respect du public : « J’en ai assez que des personnes utilisent leur salive pour rien et fassent perdre du temps à ceux qui les écoutent. » Pour lui, mieux parler ne sert pas à briller, mais à être utile, clair, et juste.

Dimitri défend une conviction : la voix n’est pas qu’un outil, c’est une force de transformation. « Notre voix, c’est une pré-action : c’est ce qui permet de mettre en mouvement le monde. » Et si davantage de personnes apprenaient à porter une parole constructive, alors les décisions, les projets, les engagements pourraient accélérer dans le bon sens.

Retrouver sa singularité plutôt que “bien parler”

Ce que ses stagiaires retiennent, ce n’est pas une collection d’astuces. Plusieurs personnes accompagnées le résument ainsi : Dimitri ne “donne pas trois tips”, il provoque une transformation. Parce que son objectif n’est pas de fabriquer des discours formatés, mais de révéler une présence.

Dans sa bouche, « la voix » dépasse largement l’instrument vocal. Elle devient identité. « La voix, c’est la personnalité, le caractère, l’individualité. » Autrement dit : ce qui touche, ce n’est pas la perfection, c’est la cohérence entre ce que l’on dit et ce que l’on est.

Beaucoup de leaders, observe-t-il, se cachent. Ils s’abritent derrière des formules, des postures, des éléments de langage. Par peur de se tromper, de déranger, d’être jugés. Le travail commence alors par un déblocage : apprendre à s’autoriser. « Permettre à un orateur de se déployer, de pouvoir oser assumer sa parole. »

Et cela inclut aussi la vulnérabilité, souvent redoutée dans l’espace public. Dimitri invite à ne pas la confondre avec la faiblesse : elle peut devenir un espace d’humanité, donc de confiance. Quand ce verrou saute, quelque chose s’ouvre : une puissance personnelle, un charisme qui ne s’imite pas. On ne découvre plus seulement quelqu’un “d’éloquent”, mais une voix que l’on a envie de suivre, parce qu’elle sonne vrai.

De la scène lyrique au déclic : l’expérience qui a tout changé

Cette approche, Dimitri ne l’a pas théorisée depuis un manuel : elle vient aussi de son propre parcours. Plus jeune, il rêve de devenir chanteur lyrique. Un professeur très recommandé croise sa route et l’oriente vers une autre tessiture. Sur le papier, cela ressemble à une opportunité : passer de baryton à ténor.

Mais la réussite attendue ne suffit pas à faire vérité. Dimitri raconte une fatigue qui s’installe : vocale, physique, émotionnelle. Une démotivation, aussi. Et surtout une petite voix intérieure, insistante. « Je sentais que ce n’était pas juste pour moi… mais je n’écoutais pas cette vérité en moi. Je préférais écouter l’extérieur. »

Ce récit parle à beaucoup de personnes, bien au-delà du chant. Parce qu’il décrit un mécanisme courant : se conformer à ce qui est valorisé, même quand on se sent décalé. Se couler dans un moule, en supposant que “l’autre sait mieux”. Dimitri en tire une leçon centrale, qu’il transmet aujourd’hui : au fond, nous avons souvent déjà l’intuition de ce qui est juste. Le défi, c’est d’oser l’assumer.

Cette bascule éclaire sa vision de l’art oratoire : la rhétorique vient ensuite, comme un amplificateur. D’abord, il faut retrouver l’endroit intérieur d’où l’on parle. Ensuite seulement, on apprend à structurer, incarner, convaincre. Parce que l’objectif final n’est pas la performance : c’est l’action. « Mettre ceux qui sont face à nous en mouvement… c’est la première mission d’un leader. »

Libérer le corps, libérer la parole : une méthode très concrète

Comment aider quelqu’un à “sortir de sa coquille” ? Dimitri répond par une méthode étonnamment physique. Il parle d’un exercice qu’il appelle le « cri primal » — sans douleur, précise-t-il — pour retrouver une puissance vocale souvent réprimée avec l’âge, l’éducation, les normes sociales.

L’idée n’est pas de crier au quotidien, mais de rouvrir un espace. Enfants, nous crions, nous appelons, nous exprimons fort. Puis nous réduisons notre amplitude, parfois jusqu’à l’effacement. Recontacter cette force primitive, dit-il, crée un effet immédiat : émotion, libération, sensation de reprendre de la place. Dans ses stages, certains participants résument ce moment par une phrase qui revient : l’impression de renaître.

Ce travail corporel n’est qu’une porte d’entrée. Car la voix, selon lui, est un pont entre le corps et l’esprit. Elle porte l’histoire, les interdits, les phrases entendues trop souvent : “ne parle pas si fort”, “ne fais pas de vagues”, “tu n’es pas légitime”. À l’inverse, elle porte aussi les injonctions à performer : “sois parfait”, “sois convaincant”, “sois irréprochable”. Résultat : beaucoup de personnes ne sont pas seulement freinées par les autres, elles finissent par s’auto-censurer.

Dimitri travaille alors sur l’origine des blocages : identifier ce qui empêche, et d’où cela vient. Il évoque aussi un exercice qu’il a créé en 2019, né de façon intuitive : faire émerger une « parole enfouie » et la dire à la “personne réelle”, parfois via un jeu de rôle. L’objectif est de vivre une scène qui remet du mouvement là où tout s’était figé.

Une parole plus juste pour un monde plus vivable

Ce que défend Dimitri Repérant s’inscrit pleinement dans l’esprit AirZen : une parole qui sert, qui relie, qui construit. Dans un quotidien saturé de messages, retrouver des voix singulières et responsables devient une ressource collective. Non pas pour parler plus, mais pour parler mieux : avec intention, clarté et courage.

Son ambition, il la formule sans détour : utiliser l’art oratoire comme une contribution au bien commun. « Si jamais il y a plus de personnes qui savent mettre le monde en mouvement dans la bonne direction… je pense que c’est ça qui va rendre le monde meilleur. » Derrière l’entraînement, il y a donc une éthique : ne pas gaspiller l’attention, ne pas tricher avec soi-même, et transformer la parole en acte.

À l’échelle d’une réunion, d’une conférence, d’un entretien, d’un engagement associatif ou citoyen, la prise de parole peut devenir un point de bascule. Une voix assumée peut apaiser, rassembler, faire émerger des solutions. Et quand davantage de personnes osent parler depuis un endroit vrai, c’est tout l’espace public qui gagne en confiance, en nuance et en capacité d’action.

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