Au cinquième étage d’une tour, une passerelle vers l’emploi

À Courbevoie, dans la tour CB21, les DesCodeuses ont installé un point d’ancrage symbolique : au cœur d’un quartier d’affaires souvent perçu comme inaccessible, l’association crée des passerelles concrètes vers les métiers du numérique. Ici, on ne parle pas seulement de « reconversion » ou de « formation », mais de projection, de confiance et d’accès à des carrières durables. Les DesCodeuses accompagnent des femmes issues des quartiers populaires vers des métiers techniques, avec une méthode qui combine montée en compétences et mise en relation avec le monde professionnel.

La mission est claire : sensibiliser, former, puis accompagner jusqu’à l’emploi. L’association est aussi un organisme de formation certifié, capable de délivrer des diplômes, et de structurer des parcours qui mènent vers des postes recherchés. Pour beaucoup de participantes, c’est une première entrée dans un univers où les codes, le vocabulaire et les réseaux peuvent sembler lointains. Et c’est précisément là que l’association fait la différence : elle rend ce monde lisible, atteignable, et surtout accueillant.

Dans les mots d’Anna Sibai, directrice générale adjointe, l’enjeu est de rendre la place visible et légitime. « C’est possible, c’est pour moi, j’ai ma place », résume-t-elle, en décrivant ce déclic que vivent de nombreuses apprenantes lorsqu’elles rencontrent des professionnelles, découvrent un plateau technique ou se voient confier leurs premiers projets.

Une fondatrice, une expérience, et une réponse collective

Les DesCodeuses sont nées d’un parcours personnel devenu projet d’intérêt général. À l’origine, Souad Boutegrabet, issue elle-même d’un quartier populaire, a d’abord travaillé plusieurs années dans le service client d’une banque. Puis elle se forme, devient développeuse… et se heurte à des difficultés d’intégration dans un secteur encore largement masculin, où les recruteurs et les équipes ne sont pas toujours habitués à accueillir des profils féminins et atypiques.

Plutôt que de renoncer, elle transforme l’obstacle en action. Sa phrase, devenue un marqueur fort de l’association, résume l’esprit de la démarche : « Ça n’existait pas, alors je l’ai créé pour nous toutes ». Au départ, il y a des ateliers de sensibilisation pour aider des femmes à se projeter dans la tech, y compris sans parcours scientifique. Puis, progressivement, les cohortes s’étoffent, les formations se structurent, et l’initiative essaime dans plusieurs villes.

Ce changement d’échelle répond à une réalité simple : les métiers du numérique offrent des débouchés, mais l’accès n’est pas égal. Les DesCodeuses s’attaquent à ce décalage en travaillant sur deux dimensions à la fois : les compétences, et la confiance. Car se former, c’est aussi apprendre à se présenter, à comprendre un environnement professionnel, et à se sentir légitime dans des lieux où l’on ne s’imaginait pas entrer.

Chiffre clé : aujourd’hui, seulement 27% des personnes qui travaillent dans la tech sont des femmes. Et ce chiffre baisse encore dans les métiers les plus techniques.

Former des talents… et faire bouger les entreprises

Les DesCodeuses avancent avec une conviction : l’inclusion ne peut pas reposer uniquement sur les épaules de celles qui veulent entrer dans le secteur. L’association travaille donc autant avec les apprenantes qu’avec les entreprises. Anna Sibai parle de « deux jambes » aussi essentielles l’une que l’autre : accompagner les femmes, et embarquer les employeurs dans une dynamique de recrutement et de transformation.

Le numérique recrute, même si le contexte évolue avec l’essor de l’intelligence artificielle. Les entreprises, elles, cherchent des profils, mais aussi des équipes plus diversifiées, capables d’innover et de mieux représenter les utilisateurs finaux. Les DesCodeuses répondent à ce double besoin en proposant des profils formés, motivés, et accompagnés, tout en encourageant les organisations à élargir leurs critères et leurs habitudes de recrutement.

L’association ne se présente pas comme un prestataire, mais comme un partenaire de mouvement. Elle facilite l’accueil en stage, le mentorat, l’animation d’ateliers, et surtout la rencontre. Car pour une femme qui ne vient pas « du milieu », entrer dans une tour de La Défense peut être impressionnant. Les échanges réguliers avec des professionnelles, des managers, des équipes IT ou RH permettent de rendre ce monde moins opaque, et d’accélérer l’intégration.

Cette dynamique bénéficie à tous : aux apprenantes, qui se projettent dans un futur métier, et aux entreprises, qui découvrent des talents qu’elles auraient pu ne jamais rencontrer. Comme le souligne Anna Sibai, « les employeurs savent que l’inclusion est un atout », même si changer ses réflexes de recrutement demande du temps, de la méthode et de la constance.

Des parcours concrets, des diplômes, et plusieurs voies d’insertion

La tech a connu, ces dernières années, la montée en puissance des bootcamps et des formations intensives permettant d’accéder rapidement à des métiers comme le développement. Les DesCodeuses s’inscrivent dans cette culture du passage à l’action, tout en structurant des parcours reconnus et certifiants. Leur formation vise un niveau équivalent bac +3, un tremplin qui ouvre plusieurs options.

Certaines diplômées trouvent un emploi rapidement, parfois dès la fin du stage. D’autres choisissent de poursuivre en bac +4 ou bac +5, notamment en alternance, afin de renforcer leur employabilité dans un secteur où les exigences se sont, par endroits, resserrées. L’association assume cette pluralité : l’objectif n’est pas un modèle unique, mais des solutions adaptées aux situations, aux rythmes et aux ambitions.

Ce qui revient souvent dans les échanges, c’est l’idée de « récupérer une voie » qu’on n’avait pas prise plus tôt. Reprendre des études, viser un master, se spécialiser… autant de trajectoires qui deviennent possibles quand on a un cadre, un accompagnement et des personnes qui ouvrent des portes. Les DesCodeuses travaillent aussi sur ces éléments invisibles mais décisifs : le CV, la posture en entretien, la capacité à demander de l’aide, à prendre du recul après une difficulté.

Et surtout, l’association rappelle un point central : l’entrée dans la tech ne dépend pas uniquement d’un passé scolaire. Les ateliers de sensibilisation sont conçus pour permettre des premiers pas, tester, comprendre, et se rassurer. « Nos formations sont gratuites », précise Anna Sibai, en soulignant qu’il existe aussi d’autres voies comme l’alternance, et que l’important est de trouver un environnement qui met en confiance.

Mentorat, mécénat de compétences : chacun peut aider à ouvrir le champ des possibles

Comme beaucoup de structures d’intérêt général, Les DesCodeuses s’appuient sur un modèle mêlant mécénat et subventions, avec peu de dons du grand public. Mais l’aide la plus précieuse est souvent celle qui se donne en temps et en expertise. Le mécénat de compétences, notamment, permet de renforcer l’accompagnement : une heure par semaine, un échange tous les quinze jours, une relecture de CV, un partage d’expérience sur la vie en entreprise.

Le mentorat est un levier simple et puissant. Il aide à dépasser les blocages du quotidien, à prendre de la hauteur, à tenir dans la durée. Et il crée une relation qui change la perception de l’avenir : on ne se forme plus seule, on avance avec une personne qui connaît le terrain. « Se proposer comme mentor… ça peut être hyper intéressant », insiste Anna Sibai, en rappelant que ces échanges permettent aussi de mieux traverser les périodes de stage ou les premiers pas en entreprise.

Autre geste utile : parler des DesCodeuses dans son organisation. Alerter les équipes RH, RSE, ou IT, proposer d’accueillir une apprenante en stage, ouvrir des opportunités de recrutement, encourager des collaborateurs à animer un atelier. L’association travaille avec un écosystème d’entreprises prêtes à avancer, et chaque relais compte pour élargir l’empreinte du projet sur d’autres territoires.

Pour celles qui hésitent encore, le message est direct et réaliste. « Allez-y, osez… le fait qu’on soit là, qu’on ait accompagné tant de femmes, c’est une preuve que c’est faisable », dit Anna Sibai. L’association propose des ateliers, des formations, une plateforme pour démarrer en ligne, et des antennes dans plusieurs villes : autant de points d’entrée pour franchir le pas, à son rythme, avec un cadre bienveillant.

À l’échelle d’une tour de La Défense comme à celle d’un quartier populaire, Les DesCodeuses rappellent une évidence souvent oubliée : le futur du numérique se construit mieux quand il ressemble à la société tout entière. En formant des femmes, en accompagnant des entreprises et en multipliant les rencontres, l’association prouve qu’une tech plus inclusive n’est pas un slogan, mais un chantier concret, déjà en marche. Pour en savoir plus : descodeuses.org.

Pour aller plus loin > Force Femmes accompagne les plus de 45 ans vers l’emploi