Des cabinets ministériels aux grandes entreprises, Charles Hufnagel met la même énergie à faire passer des idées. Pour lui, la communication est un langage qui relie. Et un levier concret pour rassembler et agir.
Épisodes
Charles Hufnagel et l’art de la communication au service du collectif
Un itinéraire entre entreprise et politique, guidé par le sens
Charles Hufnagel revendique une trajectoire faite de passerelles. Auvergnat « de naissance et de cœur », il cumule 30 ans de carrière dans les métiers de la communication, avec une solide expérience en entreprise. Areva d’abord, « leader du nucléaire à l’époque », puis Saint-Gobain, et aujourd’hui Carrefour : des maisons différentes, mais un même fil rouge, celui de la transmission.
Son parcours se prolonge aussi dans la sphère publique. Il a accompagné Alain Juppé lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères, puis Édouard Philippe à Matignon. Deux univers souvent opposés dans l’imaginaire collectif, mais que ce professionnel relie par une conviction simple : au fond, les mécanismes humains restent les mêmes quand il s’agit de faire comprendre, adhérer, mobiliser.
Derrière les titres et les institutions, il décrit surtout un métier d’artisan. Un travail qui consiste à écouter, à clarifier, puis à rendre les messages partageables. « À la fin, c’est un travail d’écriture, à mettre des mots sur des questions, sur des solutions », résume-t-il, comme on poserait une méthode.
Dire juste, dire vrai : la communication comme “mise en mots”
Dans l’entreprise, les messages s’adossent souvent à des objectifs économiques, à des performances, à des indicateurs. En politique, la finalité se mesure plus directement au vote, aux élections, aux sondages, à l’audience. Pourtant, Charles Hufnagel refuse d’enfermer la communication dans une logique de tableaux de bord. Oui, l’impact se mesure, mais il se ressent aussi.
Il évoque ce qu’il appelle le « gut feeling », ce moment où l’on sait, presque instinctivement, si une prise de parole a touché juste. Une interview réussie, une explication claire, une séquence où le public comprend enfin ce qui était confus : pour lui, ce sont des victoires concrètes, même si elles ne se traduisent pas immédiatement en chiffres.
Cette approche réhabilite une dimension souvent oubliée : l’attention portée au destinataire. Communiquer, ce n’est pas “parler”, c’est se faire comprendre sans trahir la complexité. C’est trouver les mots qui rendent une décision lisible, une stratégie partageable, une action acceptable. Et c’est aussi, parfois, reconnaître qu’un message ne passe pas et qu’il faut le retravailler. Une lucidité qui rappelle que la communication n’est ni une couche de vernis ni une mécanique froide : c’est une pratique exigeante, qui demande humilité et précision.
Ce qui le fait vibrer : les récits, les langages, l’impact sur les cœurs
Quand on l’interroge sur ce qui l’anime, il ne parle ni de pouvoir ni de prestige. Il parle de mots, mais au sens large. Pour lui, la communication dépasse le texte : elle inclut les images, les sons, la musique, tout ce qui fait langage. Une manière de rappeler que, dans un monde saturé d’informations, ce qui touche vraiment est souvent ce qui est incarné.
« Les mots me font vibrer. Les récits me font vibrer », confie-t-il. Le récit, ici, n’a rien d’un slogan. Il s’agit plutôt de la capacité à donner une direction, à relier des actions à une intention, à faire émerger une cohérence. Dans une entreprise, cela peut aider des équipes à comprendre où elles vont. Dans la sphère publique, cela peut rendre une politique plus accessible, et donc plus appropriable.
Cette vision met en lumière un enjeu positif et très actuel : la communication peut être un outil de confiance. Quand elle est bien faite, elle réduit la distance entre ceux qui décident et ceux qui vivent les décisions. Elle rend visibles les efforts, explique les arbitrages, et crée des points d’appui communs.
Charles Hufnagel insiste sur une finalité qui dépasse la performance : toucher l’intelligence, mais aussi l’émotion. « Ce qui me fait vibrer, c’est transmettre des idées, avoir un impact sur des cerveaux et des cœurs », dit-il. Une phrase qui résonne particulièrement dans une époque où l’on cherche, justement, à réconcilier raison et ressenti.
Une communication qui ressemble à une équipe, pas à un “soliste”
Dans son récit, un autre moteur apparaît clairement : le collectif. Il parle des personnes avec qui il travaille comme d’une source d’énergie. Et il raconte aussi comment les missions arrivent : parfois parce qu’on l’appelle, parfois parce qu’il « gratte à la porte ». Autrement dit, il y a la reconnaissance, mais il y a aussi la démarche, la persévérance, l’envie d’aller là où l’on peut être utile.
Aujourd’hui, il évoque la confiance accordée par Alexandre Bompard, le patron de Carrefour, qui l’a choisi. Mais là encore, il ramène ce choix à un état d’esprit plus qu’à un statut. Ce qu’on vient chercher chez lui, dit-il, c’est « une forme de passion », une manière de travailler avec les autres, de faire circuler l’énergie plutôt que de la capter.
Il bouscule d’ailleurs une idée répandue : celle du communicant tout-puissant qui “fabrique” le message. Pour lui, la communication ne se résume pas à un poste, encore moins à une voix unique. « Je ne me vois jamais comme un soliste », insiste-t-il, avant de préciser que ce n’est pas le directeur de la communication qui communique, mais l’organisation tout entière.
Ce renversement est loin d’être théorique. Il rappelle qu’une parole crédible se construit dans la cohérence du quotidien : un PDG, des salariés, des équipes terrain, une culture partagée. Quand l’interne et l’externe se répondent, quand les actes suivent les mots, la communication devient un relais de confiance. Et cette confiance, dans une entreprise comme dans la vie publique, est un bien précieux.
Remettre du lien : une compétence clé pour les défis d’aujourd’hui
Le parcours de Charles Hufnagel met en avant une idée simple, mais structurante : la communication n’est pas un décor, c’est une infrastructure. Elle permet de faire circuler l’information, d’éviter les malentendus, de créer des alignements. Elle aide aussi à traverser les périodes de transformation, quand les repères bougent et que les équipes ont besoin de comprendre le “pourquoi”.
Dans un monde où tout va vite, où les opinions se polarisent facilement, “mettre des mots” devient un acte de responsabilité. Trouver la formulation juste, choisir le bon canal, respecter l’intelligence des publics : ce sont des gestes concrets qui apaisent et qui rassemblent. Ils ne résolvent pas tout, mais ils rendent l’action possible, parce qu’ils redonnent de la lisibilité.
Son témoignage rappelle enfin que la communication peut être un métier profondément positif quand il est exercé avec exigence et sincérité. Pas pour “faire passer” à tout prix, mais pour faire comprendre, donner du sens, et permettre aux collectifs d’avancer ensemble. Dans l’entreprise, dans la cité, et partout où l’on a besoin de bâtir de la confiance, cette compétence a de beaux jours devant elle.