À Milly-la-Forêt, Alain, dernier producteur de menthe poivrée, découvre une retraite active. Entre coups de main aux voisins et voyages, il prouve que « la vie est belle ».
Épisodes
Comment vit-on la retraite après avoir travaillé 62 ans?
Comment occuper sa retraite lorsqu’on a consacré toute sa vie au travail?
Derrière un petit rideau à franges, dans une cuisine simple et vivante, Alain raconte sans détour. À 10 ans, après la mort de son père, il n’a « pas eu d’autre choix que de se mettre au travail ». Soixante-deux ans plus tard, le voilà officiellement retraité, mais toujours profondément paysan. Son parcours, marqué par l’effort, tient autant de la mémoire rurale que d’une leçon de courage tranquille.
La retraite agricole, et l’art d’arrondir sans s’éteindre
Alain ne cherche pas à se plaindre, mais il nomme les choses : « Les retraites agricoles, c’est une misère, c’est scandaleux et honteux. » Alors il continue, en allant travailler chez des collègues qui manquent de bras. « Ils ont un gars qui sait conduire un tracteur, qui est à l’heure le matin… ils demandent de venir travailler »
Ce travail “chez les autres” a aussi un goût de liberté : « Quand on a fini le boulot, on a fini. » Moins de charge mentale, moins d’angoisse du lendemain, et la satisfaction d’être utile. « On n’a plus de soucis, on a le psychique », résume Alain, comme un remède simple à l’usure.
Rester en mouvement, un conseil de médecin… et de bon sens
Impossible pour lui de “ne rien faire”. Son médecin l’a même mis en garde : « Arrête jamais, tu vas crever si tu arrêtes. » Alain le dit autrement : il a « besoin d’aller dehors », de « conduire un tracteur », d’aider quand « les copains sont dans la merde » faute de repreneurs ou d’ouvriers formés. D’abord prévu pour deux jours par semaine, son rythme a vite dérapé : « Maintenant j’y suis neuf jours par semaine. » Une boutade qui raconte, en creux, la réalité d’une agriculture en tension… et la force du lien entre voisins.
Changer d’étiquette sans perdre le goût de la vie
Passer de producteur à retraité, Alain le sait, peut être un choc : « C’est très très grave », dit-il, évoquant même des couples qui se séparent. Lui a trouvé son équilibre : partir, revenir, se retrouver. « Je pense que ma femme est contente quand je ne suis pas là… on est content de se retrouver le soir », sourit-il, lucide et tendre.
Et puis il y a les escapades : Saumur le week-end dernier, bientôt l’Allemagne, puis des vacances. Alain travaille encore, mais il s’autorise enfin à respirer.