Les étudiants d’une école d’ingénieurs de Strasbourg ont envoyé un kebab à plus de 30kms d’altitude. Une expérience originale mais très sérieuse. Réalisée pour la science !
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Un ballon-sonde pour apprendre en grand, dès l’école
À l’ICAM de Strasbourg, une dizaine d’élèves ingénieurs ont transformé une idée ambitieuse en mission scientifique bien réelle : envoyer un ballon stratosphérique jusqu’à environ 35 kilomètres d’altitude. À ce niveau, on quitte presque l’atmosphère telle qu’on la connaît, avec des conditions extrêmes qui mettent à l’épreuve le matériel comme les organismes. L’équipe embarque des capteurs pour mesurer la température, la pression, l’humidité, ainsi qu’un GPS et un système de suivi pour retrouver la nacelle après l’atterrissage. Et pour rendre l’expérience encore plus fédératrice, un « passager » inattendu s’invite dans la nacelle : un kebab. Ce clin d’œil n’est pas qu’un gag. Il sert de levier pour mobiliser, communiquer et surtout financer une partie du projet. Dans cette aventure, la science reste le cœur du programme, mais l’énergie collective vient aussi de cette touche de créativité qui donne envie de suivre l’histoire jusqu’au bout. « Aujourd’hui, nous allons lancer un ballon-sonde… qui, on l’espère, ira jusqu’à 35 km d’altitude en emportant pas mal d’équipements scientifiques… et petit bonus, on va essayer d’emmener un kebab avec nous. »Mesurer l’invisible : pression, froid extrême et éclatement du ballon
Le professeur Grégoire Chabrol encadre l’expérience avec un objectif clair : comprendre comment évoluent les paramètres atmosphériques avec l’altitude, et dans quelles conditions le ballon finit par éclater. Car plus le ballon monte, plus la pression extérieure chute, et plus l’enveloppe se dilate jusqu’au point de rupture. C’est précisément cette phase critique qui intéresse l’équipe, à la fois pour l’analyse scientifique et pour l’apprentissage de la conception en conditions réelles. La comparaison est parlante : un avion de ligne vole généralement autour de 10 à 12 kilomètres d’altitude. Ici, le ballon vise près de trois fois plus haut, là où la pression devient minuscule. Au sol, on se situe autour de 1 000 hectopascals. Dans la stratosphère, on tombe à seulement quelques hectopascals : un autre monde, où l’air se raréfie et où chaque détail de conception compte. « On part d’à peu près 1 000 hectopascals au sol… et quand on arrive là-haut, on va tomber à 2-3 hectopascals… notre ballon va complètement se dilater… et va finir par éclater. » Au-delà des chiffres, c’est une vraie leçon d’ingénierie : transformer des notions de cours en choix techniques, anticiper les contraintes, documenter les résultats, et tirer des conclusions utiles. Une expérience qui ancre l’apprentissage dans le concret, et qui montre que la science peut être à la fois rigoureuse et joyeuse.Poids plume et haute précision : la nacelle pensée comme un mini-laboratoire
Pour atteindre de telles altitudes, chaque gramme compte. Thomas Klein, en première année, a participé à la construction de la nacelle et à l’optimisation du design. Le premier prototype était trop volumineux : il a fallu revoir la copie pour respecter les contraintes de masse, sans sacrifier la robustesse. Résultat : une nacelle compacte, résistante, et suffisamment bien isolée pour protéger l’électronique du froid. Le défi est double : limiter le poids, tout en garantissant l’intégrité du matériel pendant le vol et à l’atterrissage. La nacelle doit aussi permettre de filmer, notamment pour documenter l’expérience et garder une trace visuelle du voyage stratosphérique. À bord, une boîte étanche protège capteurs et batterie, tandis que la mousse joue un rôle d’isolation thermique. « On a des grosses contraintes de poids… là il fait 900 grammes la nacelle, tout compris… il nous fallait un design assez léger, assez compact… et assez résistant aussi. » Dans ce type de projet, la réussite ne tient pas à une seule pièce, mais à l’équilibre global : architecture, matériaux, intégration, fixation de la caméra, résistance aux chocs, et fiabilité des capteurs. Un vrai travail d’équipe, où les compétences se complètent entre promotions et spécialités.Trackers, batteries, -50 °C : l’art d’anticiper l’imprévisible
Dans les airs, la nacelle traverse des zones où la température peut descendre très bas, jusqu’à environ -50 °C. La mission consistait aussi à sélectionner et organiser les traceurs et capteurs, en tenant compte des contraintes de poids, mais aussi de la géographie. Depuis Strasbourg, la trajectoire peut basculer rapidement vers l’Allemagne, ce qui oblige à choisir des systèmes de suivi adaptés et fiables, même en dehors des frontières. Le froid a un impact direct sur l’autonomie des batteries et le fonctionnement des appareils. Il faut donc penser la disposition interne, protéger les composants sensibles, prévoir des marges, et s’assurer que la télémétrie reste exploitable tout au long du vol. Ici, l’ingénierie devient une discipline de l’anticipation : imaginer ce qui peut mal se passer, et concevoir pour que ça tienne quand même. « On va atteindre des températures… jusqu’à moins 50 degrés… qui vont altérer le fonctionnement nominal… ou l’autonomie de mes batteries. » Ce travail discret est pourtant essentiel : sans trackers, pas de récupération de nacelle, et sans récupération, moins de données, moins d’images, moins d’analyse. En clair, la réussite se joue autant dans la préparation minutieuse que dans le spectacle du décollage.Du gonflage à l’hélium à la récupération : une aventure collective jusqu’au bout
Après les vérifications en intérieur, vient le moment du gonflage à l’hélium et du lancement. Compte à rebours, tension, excitation : l’instant cristallise des semaines de conception et d’ajustements. Même la météo s’en mêle, avec la pluie qui ajoute une difficulté supplémentaire. Mais le ballon s’élève, et l’équipe garde le cap : faire voler la science, et ramener la nacelle avec ses précieuses mesures. Quelques heures plus tard, la mission se termine au sol, à la frontière allemande, où la nacelle atterrit. Étudiants et professeur se déplacent pour la récupérer, preuve que l’expérience ne s’arrête pas au décollage. La récupération fait partie du projet : elle permet de sécuriser les données enregistrées, de vérifier l’état du matériel, et de boucler la boucle avec une analyse complète. « Tout s’est bien passé, malgré la pluie, malgré l’adversité. Beaucoup d’émotions, beaucoup de fun, beaucoup de pluie. » Ce ballon-sonde raconte quelque chose de précieux : la capacité d’une école, d’un enseignant et d’étudiants motivés à créer un projet concret, utile et enthousiasmant. En mêlant rigueur scientifique, gestion de projet et créativité (oui, même un kebab), l’ICAM Strasbourg montre que l’innovation naît souvent de l’audace et du collectif. Et que, pour faire avancer la connaissance, il suffit parfois d’oser regarder un peu plus haut — jusqu’aux portes de la stratosphère.#Mieux agir#Strasbourg

