Depuis 2014, l’association Monalisa se mobilise partout en France pour lutter contre l’isolement des personnes âgées. En prodiguant des conseils auprès des structures et en déployant des équipes de citoyens volontaires.
Un réseau national pour remettre la relation au cœur
En France, l’isolement des personnes âgées concerne plus de 2 millions de seniors. Face à cette réalité, l’association Monalisa agit depuis plus de dix ans avec une idée forte : lutter contre la solitude, ce n’est pas seulement « rendre service », c’est recréer de la relation, durablement. Pour y parvenir, la structure fédère une coalition d’acteurs sur les territoires, afin que personne ne travaille seul dans son coin. Monalisa regroupe aujourd’hui environ 600 organisations membres : associations, bailleurs, collectivités territoriales… Un maillage précieux pour mieux repérer les situations d’isolement et faciliter la coopération locale. L’association joue un rôle de trait d’union : elle met en lien, coordonne, aide à faire émerger des actions concrètes, au plus près des habitants. Cette logique de réseau permet aussi d’ouvrir des portes : accès aux droits, accès aux soins, mais aussi accès à une présence humaine régulière. Boris Callen, délégué général de Monalisa France, insiste sur cette dimension essentielle : « Cet engagement citoyen vient dire aux personnes âgées : on est là pour vous, vous comptez pour nous, vous n’êtes pas seul. » Un message simple, mais puissant, qui redonne une place à celles et ceux que la vie a parfois éloignés du collectif. Monalisa déploie ainsi environ 1 000 équipes citoyennes sur le territoire.Les équipes citoyennes : quand les habitants deviennent passeurs de lien
La force de ce réseau tient aussi à sa capacité à mobiliser des particuliers, sans prérequis, sauf l’envie d’agir. L’association a ainsi développé ce qu’elle appelle des « équipes citoyennes » : des groupes d’habitants qui se réunissent et construisent ensemble des projets de lien social. Le principe est clair : partir des envies, des talents et des réalités locales, plutôt que d’imposer un cadre rigide. Boris Callen résume l’esprit de cette approche : « C’est des habitants qui se réunissent ensemble et dont l’objectif, c’est le lien social et la lutte contre la solitude. Et l’objet est déterminé par leur désir d’agir. » Visites à domicile, jardin partagé, projets intergénérationnels avec une école, activités en EHPAD… tout est possible, tant que l’action crée une rencontre et s’inscrit dans la durée. Cette liberté de forme change beaucoup de choses. Elle permet à chacun de trouver sa place, d’apporter ce qu’il sait faire, et de s’engager à un rythme réaliste. Surtout, elle évite de réduire les personnes âgées à un statut de « bénéficiaires » : la relation se construit dans un échange, une présence, une attention partagée. Dans de nombreux projets, les seniors transmettent aussi, racontent, conseillent, créent, rient. Le lien social n’est pas un dispositif : c’est une expérience humaine.Un bénévolat qui s’adapte aux envies, pas l’inverse
Monalisa défend une vision moderne de l’engagement. Ici, pas question de confier une mission standardisée et immuable à un nouveau bénévole. L’association préfère écouter ce qui met les gens en mouvement, puis aider à transformer cette énergie en action utile, en lien avec les acteurs du territoire. Les exemples parlent d’eux-mêmes. Une ancienne professeure de danse classique, âgée de 70 ans, a proposé des ateliers d’expression corporelle en EHPAD. Monalisa a facilité la rencontre avec l’animatrice et la direction, puis l’initiative a pris vie, avec des séances régulières. « Elle donne des cours tous les 15 jours. C’est sa réponse à elle », souligne le délégué général. Autre profil : une ancienne aide-soignante, longtemps pressée par le rythme des interventions, souhaite désormais offrir ce qui manquait parfois dans sa carrière : du temps. Elle choisit alors de faire des visites à domicile, simplement pour discuter, écouter, partager un moment. D’autres encore veulent rapprocher les générations, en créant des projets communs entre jeunes et aînés, pour « vivre ensemble » plutôt que se croiser sans se rencontrer. Culture, mobilité, sorties, accompagnement à une activité : la diversité des actions reflète la diversité des envies.La « vigilance de proximité », premier geste qui compte
Agir contre l’isolement ne commence pas forcément par rejoindre une association. Une partie de la solution se joue au quotidien, dans l’immeuble, la rue, le village. Cette attention ordinaire peut éviter qu’une situation se dégrade, et surtout, elle redonne une place aux liens de voisinage. Boris Callen parle de « bienveillance basique » : « Votre voisin, il est là, il existe. Déjà, se dire : dire bonjour, comment allez-vous aujourd’hui ? » Des mots simples, mais qui peuvent rompre une journée de silence. Cette sociabilité « de premier niveau » est accessible à tous : proposer un petit service, prendre des nouvelles, signaler qu’on est disponible en cas de besoin. Il y a aussi une vigilance concrète, attentive aux signes faibles : une boîte aux lettres qui déborde, des volets qui ne se rouvrent pas, une absence inhabituelle. L’idée n’est pas d’inquiéter, mais de ne pas laisser une personne disparaître du paysage sans réaction. Frapper à la porte, demander aux voisins, vérifier que tout va bien : ces gestes peuvent parfois faire la différence, en particulier lors d’épisodes de canicule, de grand froid, ou après une hospitalisation.Rejoindre (ou créer) une équipe Monalisa près de chez soi
Pour celles et ceux qui veulent s’engager davantage, Monalisa propose une porte d’entrée simple : rejoindre une équipe citoyenne existante. L’association met à disposition une cartographie sur son site, avec des équipes géolocalisées. Il suffit d’indiquer sa commune ou son quartier pour repérer le groupe le plus proche et prendre contact. Et si aucune équipe n’existe encore sur un territoire, Mona Lisa encourage à la créer. L’association accompagne cette dynamique, en lien avec les structures locales, pour que l’action citoyenne s’articule avec les autres acteurs : associations de proximité, services sociaux, établissements, collectivités. L’objectif est de construire un écosystème où l’information circule et où les personnes âgées ne restent pas seules face à des démarches, des difficultés de santé ou un manque de contacts. Dans un pays où les modes de vie évoluent, où les familles habitent parfois loin, où la sociabilité de voisinage peut s’effriter, ces équipes citoyennes apportent une réponse concrète et chaleureuse. Elles rappellent qu’une société plus attentive se construit d’abord à hauteur de rue, par des engagements réalistes et des relations régulières. En déployant environ 1 000 équipes en France et en appelant de nouveaux volontaires à rejoindre le mouvement, cette structure prouve qu’il est possible de retisser du lien, un geste après l’autre, et de redonner aux aînés la place qu’ils méritent dans la vie collective.#Mieux être

