Un paradoxe très courant : il fait beau, mais l’énergie baisse

La lumière revient, les journées s’allongent, les vacances se rapprochent : sur le papier, le mois de juin a tout d’un mois “facile”. Pourtant, beaucoup ressentent un blues diffus, une irritabilité, une baisse de motivation, ou l’impression de finir l’année en apnée. Ce décalage peut surprendre, et pousser à se juger trop vite. Or, ce ressenti n’a rien d’anormal : il dit surtout quelque chose de notre rythme et de nos réserves.

Caroline Bonnet, psychologue, parle d’une période « paradoxale » : on s’attend à aller mieux, alors qu’on arrive surtout au bout d’un cycle. L’année a mobilisé de l’attention, des efforts d’adaptation, des contraintes à tenir dans la durée, au travail comme à la maison. Et quand la pression commence à redescendre, le corps et l’esprit montrent parfois… qu’ils étaient sous tension. « Ce n’est pas forcément une déprime, c’est vraiment… on est épuisé, on n’en peut plus parce que c’est la fin d’un cycle », explique-t-elle.

Cette sensation est d’autant plus marquée que le mois de mai a souvent offert une respiration : ponts, week-ends prolongés, moments plus légers. Revenir ensuite dans la “dernière ligne droite” peut donner un effet de contraste brutal. On a goûté au lâcher-prise, sans être encore réellement en vacances. Résultat : on tire sur la corde au moment même où l’on pensait souffler.

Fin d’année scolaire, examens, bilans : le mois de juin cumule les pressions

Ce blues de juin n’est pas qu’une histoire de météo ou de moral. Il s’inscrit aussi dans une période chargée : clôtures de dossiers, objectifs à boucler, bilans, réunions, planning serré. Pour les familles, s’ajoutent les fêtes d’école, les spectacles, les inscriptions, la logistique de fin d’année. Et pour beaucoup d’élèves et d’étudiants, c’est la saison des examens, avec une attente qui peut durer jusqu’aux résultats de début juillet.

La psychologue rappelle que, même si l’été approche, le quotidien ressemble à un marathon. On continue d’avancer, mais avec moins de marge, moins de patience, moins de sommeil parfois. « C’est une période extrêmement stressante… on est dans la dernière ligne droite et on va attendre les résultats début juillet », souligne Caroline Bonnet. Quand l’esprit est déjà tourné vers la pause à venir, maintenir l’effort devient plus coûteux.

Tout le monde n’est pas touché au même degré. Caroline Bonnet observe que les personnes avec enfants ou une “grande fin d’année” familiale peuvent ressentir davantage cette surcharge. Celles et ceux qui ont moins de contraintes scolaires autour d’eux peuvent vivre une période plus calme, sans être totalement épargnés. Car juin reste un mois de bilans, de transitions, et parfois d’injonctions implicites : “il faut tenir”, “il faut finir”, “il faut être prêt pour la rentrée”.

Elle distingue aussi cette baisse de régime de la déprime de décembre. Les deux peuvent se ressembler par la pression sociale et l’accumulation, mais l’arrière-plan n’est pas le même. En hiver, la fatigue est souvent renforcée par le manque de lumière. En juin, au contraire, la luminosité peut paradoxalement fatiguer. « On est plus fatigué parce que plus de lumière, on dépense plus d’énergie », note la psychologue, en rappelant aussi un piège simple : on se couche plus tard sans s’en rendre compte, parce qu’il fait jour longtemps.

En psychologie, on évoque souvent deux “creux” saisonniers : la déprime de juin (jours très longs) et celle de décembre (jours très courts). Entre les deux, printemps et automne offrent souvent un meilleur équilibre.

Anticiper sans se mettre la pression : créer des “sas” de récupération

La bonne nouvelle, c’est qu’on peut agir, sans attendre les vacances comme un unique salut. La première étape, selon Caroline Bonnet, est de reconnaître ce qui se passe. Mettre un mot sur la fatigue change déjà la manière de la traverser. « On peut anticiper déjà d’en avoir conscience, tout simplement », explique-t-elle. Quand on comprend que c’est un passage, on arrête de s’inquiéter de “ne pas aller bien alors que tout va bien”.

Ensuite, il s’agit de construire des micro-respirations. Pas forcément de grands changements, ni un programme bien-être irréaliste, mais des moments courts et réguliers qui maintiennent une dose de plaisir et de récupération. La psychologue parle de “petits temps de vacances” : un week-end vraiment préservé, une soirée plus calme, une activité simple qui fait du bien. « C’est essayer de se faire des moments pour maintenir des moments de plaisir, des moments où on respire », résume-t-elle.

Attention toutefois au piège de la projection. Se dire “plus que X jours” peut aider… ou épuiser davantage si l’on ne vit plus que dans l’attente. Caroline Bonnet nuance : viser les vacances, oui, mais sans en faire le seul horizon. « Si on se fixe trop, on va attendre que ça et on va encore plus s’épuiser », prévient-elle. L’idée est plutôt de créer un sas entre l’effort et la pause : des coupures courtes, concrètes, qui évitent d’arriver “vidé” au moment où l’on devrait se reposer.

Dans cette logique, l’hygiène de vie redevient une alliée, sans perfectionnisme : préserver son sommeil, manger de façon régulière, bouger un peu. Pas pour “performer”, mais pour soutenir le corps dans une période où il compense beaucoup. Et surtout, accepter que l’on n’est pas au maximum : la fin d’un cycle demande parfois de ralentir, même si l’agenda n’en a pas l’air.

Dans le tunnel, des gestes simples : sommeil, mouvement, lien social… avec parcimonie

Quand le blues est déjà là, Caroline Bonnet conseille de revenir à l’essentiel : s’écouter et se traiter avec la même bienveillance que l’on offrirait à un proche. « S’accorder vraiment du temps en se disant : là, je ne vais pas bien », dit-elle. Ce n’est pas céder, c’est ajuster. Et souvent, ce simple ajustement évite que la fatigue ne se transforme en découragement.

Concrètement, elle insiste sur trois piliers : le sommeil, l’activité physique et le lien social. Le sommeil d’abord, parce que les soirées s’étirent naturellement avec la lumière. On repousse l’heure du coucher, on “profite”, puis on paye l’addition le lendemain. Caroline Bonnet rappelle un détail parlant : il peut faire nuit très tard, et notre horloge interne se laisse facilement décaler. Retrouver une routine de fin de journée, même légère, peut déjà stabiliser l’humeur.

Le mouvement ensuite : pas besoin d’un objectif sportif. Une marche, une balade, quelques minutes dehors suffisent parfois à relancer l’énergie. L’idée est aussi de “déconnecter” mentalement : sortir du flux, casser l’automatisme des journées qui s’enchaînent. « Le week-end, on fait une coupure… on va faire une balade, on s’aère l’esprit », propose-t-elle, en misant sur la simplicité et la régularité.

Enfin, le lien social : en fin d’année, on peut s’isoler par fatigue ou par manque de temps, alors même que le soutien des autres aide à tenir. Se faire inviter, organiser un moment convivial, partager un verre, un barbecue, une discussion : ces instants réancrent, redonnent de la légèreté, rappellent que l’on n’est pas seul à traverser cette période. « C’est essentiel de sortir… profiter de cette belle luminosité, de cette belle énergie. Mais attention, pas trop non plus », précise Caroline Bonnet. Le mot-clé, c’est l’équilibre : du lien, oui, mais sans surcharger un agenda déjà dense.

Surtout, la psychologue invite à se débarrasser d’un réflexe fréquent : se juger. Se dire “je n’ai pas le droit d’être fatigué, il fait beau” ne fait qu’ajouter de la pression à la pression. À l’inverse, normaliser ce passage aide à le traverser plus sereinement. « Je vous conseille de ne pas vous juger… de vous dire que c’est tout à fait normal, que c’est une période à passer », conclut-elle.

Le mois de juin n’est pas une ligne droite vers l’été : c’est une transition. En apprenant à repérer les signaux de fatigue, à créer des pauses réalistes et à s’appuyer sur les autres, on transforme ce “blues de fin d’année” en étape de rééquilibrage. Et c’est souvent ainsi que les vacances deviennent vraiment réparatrices : parce qu’on y arrive déjà un peu plus aligné, et pas complètement à bout.

Pour aller plus loin > Retour de vacances : transformer le blues en déclic pour prendre soin de soi