Consommer local, des pistes pour mieux acheter et pas forcément plus cher

Francois Willmann· 27 avril 2026 à 06:00

Dans un contexte de crise de pouvoir d’achat le consommer local peut apparaître comme une solution moins coûteuse. A condition d’être bien informé d’après Marie-Amandine Stevenin, présidente de l’UFC-Que Choisir.

Le local progresse, mais le prix reste le premier frein

Consommer local n’est plus une tendance marginale : c’est une habitude qui s’installe. Une étude Ipsos menée en 2025 indique qu’un Français sur trois déclare acheter local souvent, et que la quasi-totalité l’a déjà fait au moins une fois. Près de la moitié en fait même un achat régulier, signe que l’envie de proximité et de qualité gagne du terrain. Pourtant, une inquiétude revient dans de nombreux foyers : le coût. D’après la même étude, le prix est cité par 78% des répondants ayant diminué leurs achats de produits locaux. Une perception tenace, qui peut décourager, notamment quand les dépenses alimentaires pèsent déjà lourd dans le budget. Marie-Amandine Stévenin, présidente de l’UFC-Que Choisir, tient à corriger une idée reçue. « Ce n’est pas parce qu’on consomme local qu’on consomme forcément plus cher », rappelle-t-elle. Pour elle, le sujet n’est pas seulement économique : il est aussi informatif. Mieux connaître les circuits d’achat, c’est se donner la possibilité de choisir sans se priver.

Pourquoi le supermarché peut rendre les fruits et légumes plus chers

Si le local paraît parfois coûteux, c’est aussi parce que les prix en magasin ne reflètent pas toujours la réalité du produit. Dans les grandes surfaces, l’équilibre économique repose sur une logique de marges réparties. Certains articles très populaires servent de “produits d’appel”, vendus avec une faible marge pour attirer le client. Marie-Amandine Stévenin explique ce mécanisme simplement : « Le supermarché, pour vivre, a besoin d’équilibrer ses marges ». Résultat, la faible marge sur des produits très visibles (sodas, confiseries, pâtes à tartiner, chips…) peut être compensée ailleurs, notamment sur les fruits et légumes. Et la marge peut être encore plus élevée sur le bio. Cette réalité change la manière de lire une étiquette de prix. Un panier de fruits et légumes peut sembler “normal” en rayon, mais il finance en partie l’équilibre global du magasin. À l’inverse, les circuits courts se concentrent sur l’alimentaire, avec moins d’intermédiaires et une structure de coûts différente. Ce n’est pas une garantie automatique de prix bas, mais cela peut créer de vraies opportunités d’économies, surtout quand on achète de saison.

AMAP, circuits courts, marchés : des options accessibles et souvent avantageuses

Pour l’UFC-Que Choisir, la solution passe d’abord par une meilleure orientation des consommateurs. Les AMAP (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), les marchés, les ventes à la ferme, les coopératives ou les magasins de producteurs restent parfois méconnus, alors qu’ils existent partout en France. La présidente de l’association insiste sur le décalage entre perception et réalité : « Parfois, les gens vont avoir peur… Ils vont se dire : “si je vais dans une AMAP, je risque de payer plus cher”, alors que souvent… vous allez payer moins cher que leur équivalent en supermarché ». La raison est concrète : des produits de saison, un circuit plus direct, et une offre centrée sur l’essentiel. L’autre différence, c’est la visibilité. Les circuits courts n’ont pas la puissance de communication des grandes enseignes. Ils font rarement de la publicité à grande échelle, et comptent davantage sur le bouche-à-oreille, les réseaux locaux, ou l’ancrage dans un quartier. D’où l’importance d’outils simples pour trouver les bonnes adresses. Dans cette logique, l’UFC-Que Choisir met à disposition une carte gratuite des circuits courts, mise à jour avec l’appui de l’INRAE et du réseau des 126 associations locales de l’UFC-Que Choisir. « Elle est entièrement gratuite, accessible à tout le monde… Vous n’avez pas besoin d’être abonné ou adhérent », souligne Marie-Amandine Stevenin.

Quand le local arrive au pied des immeubles : des initiatives qui changent la donne

Le “consommer local” ne concerne pas seulement les centres-villes ou les foyers déjà sensibilisés. Il peut aussi devenir une solution concrète pour des quartiers où l’offre alimentaire est limitée, ou dominée par des achats rapides et standardisés. C’est là que les initiatives de terrain prennent tout leur sens. L’UFC-Que Choisir raconte une action révélatrice : dans certains quartiers, l’installation de grands casiers à colis en pied d’immeuble est devenue courante. Pratique, mais pas toujours alignée avec une alimentation de qualité. "Une bénévole s’est mobilisée pour proposer autre chose : remplacer ces casiers par un marché bio hebdomadaire". Une idée simple, mais puissante, parce qu’elle met l’alimentation saine et locale “sous les yeux” des habitants, au même titre que les services du quotidien. Cette approche rappelle une évidence : on ne peut pas choisir ce qu’on ne voit pas. Quand l’offre responsable est éloignée, difficile d’en faire une habitude. Quand elle s’installe dans le trajet quotidien — en bas de chez soi, près d’une école, sur une place de quartier — elle devient accessible, naturelle, et parfois même plus économique.

Informer mieux, partout : le rôle clé des villes et des médias

Pour accélérer le mouvement, l’information doit circuler autrement. Pas seulement via ceux qui vendent, mais via des acteurs de confiance : collectivités, associations, réseaux locaux, médias. Marie-Amandine Stevenin plaide pour une communication utile, concrète, ancrée dans le réel : « Il faut mettre en place une vraie information… à tous les niveaux ». Les municipalités ont un levier direct : rendre visible ce qui existe déjà. Mettre en avant les commerces engagés, les boutiques “made in France”, les adresses éthiques, les marchés, les producteurs, les points de retrait. Et rappeler que consommer responsable ne se limite pas à un seul critère : origine, saisonnalité, conditions de production, juste rémunération… Plusieurs repères peuvent guider les choix, sans complexifier la vie. Cette information peut passer par des supports simples : panneaux municipaux, sites de ville, bulletins locaux, événements de quartier, partenariats avec les bailleurs, ou campagnes de sensibilisation. Au-delà du budget, l’enjeu est aussi relationnel : acheter local, c’est souvent renouer un lien direct avec celles et ceux qui produisent près de chez nous. Et quand ce lien se retisse, la consommation devient plus claire, plus choisie, plus confiante. Une dynamique qui, petit à petit, rend nos territoires plus vivants — et notre quotidien plus cohérent.
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Consommer local, des pistes pour mieux acheter et pas forcément plus cher — AirZen