Des villes qui se réinventent, sans repartir de zéro

La place du vélo ne tombe pas du ciel : elle se construit dans des villes déjà là, avec leurs contraintes, leurs habitudes et leurs urgences. Urbaniste de formation, Anca Duguet, de l’Association française pour le développement des véloroutes et voies vertes (AF3V), rappelle que les métropoles ne se créent plus « ex nihilo » mais « La plupart des grandes villes maintenant sont quand même à la hauteur du sujet ». Elles se transforment au fil de décisions politiques, d’aménagements, de concertations et d’arbitrages sur l’usage de l’espace public.

Plusieurs grandes villes françaises ont pris le virage du vélo. Strasbourg reste une référence, mais d’autres avancent à grands pas : Toulouse, Nantes, Grenoble, Bordeaux… Paris aussi, malgré des débuts controversés, a accéléré. Cette transformation ne concerne pas seulement le cycliste convaincu. Elle dessine une ville plus fluide, où l’on peut choisir son mode de déplacement selon son âge, sa forme, son emploi du temps, la météo ou la distance. Et surtout, elle oblige à mieux partager l’espace entre les uns et les autres.

Le défi des “premières couronnes”

Si le cœur des métropoles progresse, la périphérie peine souvent à suivre. Les “premières couronnes” – ces communes limitrophes des grandes villes – se retrouvent au centre d’un enjeu majeur : rendre les trajets cohérents d’une commune à l’autre.

Dans cette logique, les véloroutes et voies vertes jouent un rôle précieux. Elles offrent des axes lisibles, continus, souvent agréables, qui donnent envie de tester. Elles peuvent devenir des “colonnes vertébrales” reliant les quartiers, les communes, puis les territoires. À condition de penser les connexions.

Quand on ouvre une voie, c’est tout un territoire qui respire

Les bénéfices du vélo sont connus : moins de pollution, plus d’activité physique, une ville plus silencieuse. Mais faciliter la circulation à vélo, c’est aussi permettre à tous de mieux circuler, quel que soit le mode de déplacement. En réorganisant l’espace, on crée de la place, on clarifie les usages, on pacifie les conflits. Et surtout, on ouvre des itinéraires qui deviennent des lieux de vie, pas seulement des couloirs de transit. « Une fois qu’on a ouvert ces espaces là, c’était une surprise de voir arriver d’autres usagers, poussettes, piétons, personnes handicapées… », raconte Anca Duguet. Vélos, piétons, promeneurs… la voie devient une promenade, une respiration quotidienne, un endroit où l’on se croise sans se presser. Ce qui était un axe devient un paysage.

Un constat qu’elle peut faire le long de la Moselle, vers Pont-à-Mousson sur la véloroute qui longe le fleuve. « Dès qu’on arrive proche de la ville, tout d’un coup, il y a du monde qui se promènent », observe Anca Duguet.

Le vélo, une autonomie qui se partage de 7 à 77 ans

L’arrivée du vélo à assistance électrique (VAE) a changé la donne pour de nombreux actifs. Il a rendu accessibles des distances autrefois dissuasives. « J’ai vu mes propres collègues, du jour au lendemain, se mettre au VAE alors qu’ils habitaient relativement loin » témoigne-t-elle. L

Mais l’impact le plus fort est peut-être celui de l’autonomie. Chez l’enfant, il marque un passage quand on enlève les petites roues. Cependant il convient aussi dans une autre forme aux personnes plus dépendantes. « J’ai des collègues malvoyants qui font du tandem, ça donne une sensation de liberté » raconte Anca Duguet. L’association AF3V accompagne cette transformation en soutenant le développement des véloroutes et voies vertes partout en France.