Longtemps utilisé comme boussole médicale, l’indice de masse corporelle (IMC) est encore aujourd’hui un réflexe chez les médecins comme chez les particuliers. Mais cet outil vieux de deux siècles, aussi pratique soit-il, ne tiendrait plus la route face à nos connaissances actuelles sur le corps humain.
Un indicateur simplifié devenu obsolète face à la complexité du corps humain
Durant la scolarité, le calcul de l’IMC est enseigné comme une formule élémentaire : poids (en kg) divisé par la taille (en mètre) au carré. Ce chiffre permet ensuite de classer les individus selon différentes catégories : maigreur, poids « normal », surpoids ou obésité. L’approche semble claire, rapide, et surtout facile à standardiser.
Mais cette simplicité cache une faille majeure. L’IMC, inventé au XIXe siècle pour des raisons statistiques, n’a jamais été conçu pour diagnostiquer la santé d’un individu. Il ne fait aucune distinction entre la masse musculaire, la masse grasse ou les fluides corporels. En conséquence, de nombreuses personnes sont faussement considérées à risque… ou à tort dans les clous.
Prenons deux exemples concrets. Un rugbyman professionnel, au corps sculpté, dépasse souvent un IMC de 30 : théoriquement obèse. À l’inverse, une personne sédentaire, mince mais avec beaucoup de graisse viscérale, peut afficher un IMC normal tout en étant en danger. L’IMC ne capte ni la nuance, ni la réalité biologique de chacun.
Une nouvelle définition de l’obésité qui replace la masse grasse au cœur du diagnostic
Depuis quelques années, un consensus international se dessine : l’obésité ne devrait plus être définie par un chiffre, mais par un excès de masse grasse accompagné de conséquences sur la santé. Cette approche, défendue par des chercheurs français ayant participé à une commission pilotée par The Lancet, distingue désormais l’obésité dite préclinique (sans pathologie apparente) de l’obésité clinique (avec complications avérées).
Ce changement de paradigme présente plusieurs avantages. Il réduit la stigmatisation liée au poids – un corps volumineux n’est pas nécessairement un corps malade – et permet une meilleure personnalisation de la prise en charge, selon les facteurs de risque réels et mesurés. L’objectif n’est pas tant de surveiller un chiffre que de prévenir les maladies graves.
Tour de taille et impédancemétrie : des outils simples et accessibles pour une mesure plus juste
Faut-il pour autant abandonner complètement l’IMC ? Pas nécessairement. Cet indicateur garde sa pertinence dans les études épidémiologiques : il permet de suivre l’évolution pondérale d’une population dans le temps. En revanche, au niveau individuel, il est recommandé de le compléter par d’autres mesures.
Le tour de taille, par exemple, donne une indication utile de la graisse abdominale, fortement corrélée aux risques cardiovasculaires. Autre alternative : l’impédancemétrie, une technique basée sur la conduction électrique dans le corps, qui permet d’estimer la répartition entre masse grasse, musculaire et osseuse. Des balances impédancemètres fiables et accessibles sont désormais disponibles dans le commerce, à destination du grand public.
Vers une approche médicale individualisée qui ne réduit pas le corps à un chiffre
Le message des professionnels de santé est de plus en plus clair : la santé ne se résume ni à un poids, ni à une formule mathématique. Il est possible d’être en surpoids et en bonne santé, comme il est possible d’être mince mais en danger. C’est l’état métabolique, bien plus que la silhouette, qui doit guider l’évaluation.
Cette évolution des pratiques médicales pousse à repenser les outils de dépistage, à dépasser les normes rigides pour adopter une approche plus fine, adaptée à chaque individu. Une médecine qui regarde le corps pour ce qu’il est : un système complexe, unique, en perpétuelle évolution.
