Renaud est professeur au lycée à Strasbourg. Il a contribué à des jeux de société pédagogique dont l’objectif est de rendre amusantes les révisons pour le baccalauréat et le brevet.
Épisodes
Ce professeur strasbourgeois rend les révisons amusantes avec un jeu
Des jeux de société pour réviser ses examens tout en s’amusant
Des cartes, un plateau, et l’objectif d’atteindre 20/20
Réviser peut aussi rimer avec plaisir, stratégie et entraide. C’est l’idée au cœur de « Passe ton bac d’abord », un jeu de société pédagogique pensé pour les lycéens de Première et Terminale générale. Le principe est simple : des cartes de questions, les réponses au verso, un plateau, des pions… et une progression symbolique « de zéro à 20 » pour se mettre en condition d’examen. On avance, on se trompe, on recommence, et surtout on apprend en jouant.
Dans la partie, les matières se croisent comme dans une vraie session de révision : enseignement moral et civique, philosophie, anglais, et d’autres disciplines du tronc commun et des spécialités. On peut ainsi tomber sur une question d’EMC puis, quelques minutes plus tard, sur un classique de philosophie « Quel dialogue de Platon met en scène Gorgias face à Socrate ? ». De quoi réviser large, sans avoir l’impression de « travailler » au sens traditionnel du terme.
Renaud Couderc, enseignant en sciences de l’ingénieur à Strasbourg, a contribué à l’élaboration du jeu. Son ambition : proposer un support sérieux, mais motivant, pour aider les élèves à consolider leurs connaissances. « Des cartes avec des questions, au dos, les réponses, un plateau, des pions et l’objectif d’atteindre la note de 20 en partant de zéro », résume-t-il, comme on expliquerait les règles d’un jeu familial… sauf qu’ici, la partie prépare à un examen national.
Un jeu validé par des enseignants, au plus près des programmes
Ludique, oui, mais pas approximatif. C’est un point central : le contenu a été conçu et relu par des enseignants en poste, qui connaissent les attendus actuels. L’objectif n’est pas de proposer des devinettes, mais de faire réviser ce que l’Éducation nationale demande réellement. « Le contenu pédagogique qui est dedans a été fait par des enseignants qui enseignent au lycée, qui connaissent les contenus et qui savent exactement ce qui est demandé », insiste Renaud. Autrement dit : le jeu n’est pas un gadget, c’est un outil.
Cette exigence se retrouve dans la façon dont les questions sont calibrées. Elles ciblent des connaissances précises, celles qui font souvent la différence le jour J : une définition, un repère, une règle, un exemple. En anglais, par exemple, une carte peut demander de compléter des comparatifs irréguliers : « good, better ; bad… worse ». Une révision rapide, efficace, qui s’imprime d’autant mieux qu’elle est intégrée à une dynamique de jeu.
Le jeu assume aussi une limite utile : il ne remplace pas l’apprentissage des méthodes, mais il renforce la base. En français, une dissertation ou un commentaire exige un savoir-faire ; en sciences, résoudre une équation demande de l’entraînement. Le jeu, lui, vient consolider l’essentiel : les connaissances à mobiliser. « Ce jeu-là n’a pas cet objectif-là… plutôt sur les connaissances », explique l’enseignant, en rappelant que c’est justement ce socle qui permet ensuite d’appliquer les méthodes avec plus de confiance.
Apprendre autrement : retrouver l’esprit du primaire… au lycée
L’approche parle à beaucoup d’élèves, parce qu’elle réactive une façon d’apprendre qu’on a parfois perdue en grandissant. À l’école primaire, on mémorise en chantant, en jouant, en manipulant. Puis, au collège et au lycée, les apprentissages deviennent souvent plus formels, plus « carrés », parfois au détriment de l’envie. Renaud le constate : « Dès le primaire, on arrive à apprendre en faisant des petits jeux… plus on avance au collège et au lycée, souvent ça devient beaucoup plus sérieux et moins ludique. »
Ces jeux pédagogiques remettent donc de la respiration dans les révisions. Ils permettent de travailler sans s’isoler, de réviser sans s’épuiser, et de dédramatiser l’erreur. Se tromper sur une carte n’est pas une sanction : c’est un feedback immédiat, qui donne une chance de corriger et de retenir. Et la dynamique de groupe ajoute un ingrédient précieux : l’émulation. On apprend des autres, on explique, on argumente, on se motive.
Côté enseignants, l’outil invite aussi à varier les pratiques. Introduire un jeu en classe, en atelier, ou en accompagnement personnalisé, c’est accepter de « sortir du confort » du cours classique. « Pour les profs, il faut un petit peu sortir de son confort et essayer de faire des choses différemment », reconnaît l’enseignant. Une évolution qui s’inscrit dans un mouvement plus large : multiplier les portes d’entrée vers les apprentissages, pour que davantage d’élèves trouvent la leur.
Du bac au brevet : des formats pensés pour réviser à plusieurs… ou en solo
L’initiative ne s’arrête pas au lycée. Renaud Couderc a également participé à « Cap sur le brevet », conçu pour aider les collégiens à réviser l’examen de fin de troisième. Même logique : beaucoup de cartes, des questions couvrant les matières du programme (mathématiques, français, géographie, physique-chimie…), et une progression au fil des points gagnés. La différence, c’est la variété de modes de jeu, qui s’adapte aux situations du quotidien.
Le mode solo permet de s’entraîner quand on est seul, comme on le ferait avec des fiches, mais avec une mécanique plus engageante. Le mode « chacun pour soi » stimule l’esprit de challenge, utile pour rester concentré. Et le mode coopératif, où tous les joueurs affrontent symboliquement « le ministre de l’Éducation nationale », installe une ambiance d’équipe : on gagne ensemble, on révise ensemble, on avance ensemble. Une façon de rappeler que la réussite scolaire n’est pas uniquement une performance individuelle : elle peut aussi se construire grâce au collectif.
Les exemples de cartes montrent le souci de clarté et de rigueur. En physique-chimie, une question peut demander : comment le son se propage-t-il dans le vide ? Réponse attendue : il ne se propage pas, car il a besoin d’un milieu matériel. Une notion fondamentale, souvent simple à comprendre, mais qu’il faut savoir restituer précisément. Là encore, le jeu rend l’apprentissage plus vivant, tout en restant fidèle aux programmes : « Tout le contenu pédagogique… c’est des choses qui sont validées par des enseignants qui connaissent les programmes », souligne le professeur.
Des jeux qui entrent au lycée : réviser devient une habitude positive
Le signe le plus encourageant, c’est que ces jeux trouvent déjà leur place dans certains établissements. Des lycées les achètent et les mettent à disposition des élèves, pour réviser autrement, sur un temps encadré ou en autonomie. Cela peut se faire au CDI, en vie scolaire, lors d’ateliers, ou pendant des séances dédiées à la préparation des examens. L’objet devient alors un support de révision accessible, concret, partagé.
Cette mise à disposition change aussi le rapport au travail : réviser ne se limite plus à un face-à-face avec son cahier. On peut s’y mettre à deux, à trois, en petit groupe, même pour 20 minutes. Et cette régularité compte : mieux vaut souvent des révisions fréquentes et légères qu’un long marathon la veille de l’épreuve. En rendant la révision plus facile à démarrer, le jeu agit comme un déclencheur.
Au fond, ces initiatives rappellent une évidence qu’on redécouvre : apprendre n’a pas une seule forme. Entre le cours, les exercices, les méthodes, et les outils ludiques, chaque élève peut composer sa boîte à outils. Et quand des enseignants conçoivent des supports à la fois sérieux et attractifs, ils envoient un message simple : la réussite se prépare, pas à pas, avec des méthodes variées et une confiance qui grandit. Dans une période où l’école cherche de nouvelles façons de motiver et d’accompagner, ces jeux montrent qu’on peut conjuguer exigence et plaisir, et redonner aux révisions un visage plus léger, donc plus durable.